« Cléricalisme rouge »

Petit Comtois du 14/05/1920

Être anticlérical, le Petit Comtois s’en faisait un devoir et ne dérogeait jamais à cette ligne éditoriale. Ce blog l’a montré de nombreuses fois, en particulier dans sa rivalité avec l’Eclair Comtois, journal catholique et clérical. Par exemple :
– A propos du Petit Comtois du 10 août et l’Éclair Comtois du 11 août 1915
– A propos de journaux de septembre 1915.
– Ou encore dans des éditions de l’Éclair Comtois et du Petit Comtois du début juillet 1917

Mais voir le Petit Comtois assimiler le syndicalisme révolutionnaire à un cléricalisme rouge (pour le différencier du cléricalisme noir du clergé et non à un cléricalisme militaire), est surprenant et mérite explication.

Après une grève des cheminots en février 1920, une seconde en avril et mai se fit dans le cadre d’un appel à une grève générale lancé le 30 avril par le Comité Fédéral des cheminots. La grève devait commencer le 1er mai. Un des mots d’ordre demandait la nationalisation des chemins de fer. Elle eut un impact considérable sur les opinions publiques. Ceux qui soutenaient le mouvement appartenaient à la frange la plus dure des socialistes et cégétistes ; indéniablement, la troisième internationale communiste les attirait et, en fin d’année, lors du Congrès de Tours de la SFIO, ils allaient choisir la dissidence et former le parti communiste français.

Ceux qui s’opposaient au mouvement étaient beaucoup plus nombreux, bien sûr à droite et à l’extrême droite,  mais l’on pouvait trouver aussi des socialistes modérés ou des gens comme Louis Niel qui avait pourtant été secrétaire général de la CGT. Le blocage des chemins de fer gênait tant la vie économique et sociale du pays, que le Gouvernement Alexandre Millerand menaça de dissoudre la CGT. Cette menace et ses effets font l’objet de cette tribune de presse.

Les radicaux-socialistes ont alors beau jeu de noter dans leur organe local qu’est le Petit-Comtois, combien cette menace ne soulève guère de protestations. Il est vrai que de l’extrême droite au centre gauche, la réprobation des grévistes fut importante et la presse s’en mêla largement. Ainsi, dans le supplément illustré du Petit Journal du  30 mai 1920.

Pour les adversaires de cette grève, le rejet de la nationalisation des chemins de fer, demandée par la CGT, était une cause suffisante. Là où la CGT voyait l’obtention par la collectivité de la possession de ce service de transport, eux voyaient une atteinte à la propriété privée.

Devant le risque d’une large grève à laquelle s’associaient les mineurs et les dockers, le gouvernement fit preuve de fermeté avec perquisitions et arrestations de militants syndicalistes. Une partie du trafic ferroviaire se fit avec des retraités, des élèves des grandes écoles, des cadres de direction des Cies et, il faut le dire, une faible participation à la grève dans le Nord et dans l’Est. De plus, à Paris, la grève ne toucha pas les autobus, les trams et le métro.

Il y eut toutefois une extension du conflit dans le bâtiment et la métallurgie et cela amena le gouvernement, le 11 mai, à parler de dissolution de la CGT. Manœuvre inaboutie ; le mouvement s’éteignit le 21 mai par sa propre faiblesse.

On sent la hargne dans ces la chronique du Petit Comtois et elle vient de ce sentiment qu’éprouve beaucoup de ceux qui sont obligés de renoncer à leur activité quand on les y en empêche par la force. Toujours est-il qu’à cette occasion  le Petit Comtois montre autant de virulence contre la CGT que contre les cléricaux et cela, c’est inhabituel. Le rédacteur ne voulait pas paraître moins anticlérical.

Quelques jours après, l’Echo de Paris du 24 mai 1920 se montrait aussi hostile et méprisant envers la CGT..

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