Jules Corréard et Jean Guiraud

L’Éclair Comtois du 10 mai 1920

Nous retrouvons Jean Guiraud cité dans le billet de cette édition. Il est utile de rappeler que ce directeur de la Croix avait été un des fondateurs de l’Eclair Comtois. Comme catholique et homme de presse, Guiraud a souvent participé aux affrontements entre cléricaux et anticléricaux.

Jean Guiraud s’inquiète de l’action d’un nommé Probus, Jules Corréard, en faveur d’une école unique. Pour quelqu’un de ma génération cela rappelle le projet de loi Savary en faveur d’un service public national et laïque, dépendant du seul ministère de l’Éducation. Il faisait partie du programme commun de la gauche de 1978 et des propositions du candidat François Mitterrand aux élections présidentielles de 1981. Il fut rejeté par les partisans de l’École libre et le succès d’une grande manifestation le 24 juin 1984 conduisit à l’abandon pur et simple de la loi en préparation depuis 1982.

La Revue Française de Pédagogie a publié ce résumé des propositions des Compagnons de l’Université nouvelle, en 1920, et dont il est ici question et contre laquelle s’insurge Jean Guiraud :

« Au-delà de la rhétorique de la démocratisation de l’école et du lyrisme de la reconstruction de la maison dévastée, le souci des Compagnons de l’Université nouvelle est surtout l’élargissement de la base du recrutement de l’élite dont l’économie française a besoin au lendemain de la Grande Guerre pour diriger le pays et mettre en œuvre les réformes qui s’imposaient à leurs yeux. Les Compagnons recherchent le consensus le plus large possible autour d’un projet qui vise avant tout l’efficacité économique et sociale de l’école. Au-delà de l’école primaire, deux principes les inspirent : la rénovation des contenus d’enseignement et le perfectionnement des méthodes d’orientation des élèves. Les Compagnons de l’Université nouvelle veulent adapter au contexte économique et social né de l’après-guerre, l’instrument d’extraction de l’élite sociale et de formation de travailleurs efficaces que doit être l’école. »

Jean Guiraud ne retient que la menace contre les écoles catholiques. Il estimait que « la famille française était menacée », considérant ainsi que toutes les familles du pays étaient catholiques, ce qui n’était plus le cas depuis longtemps. Mais il voyait comme un risque que l’enseignement et la formation morale échappent totalement aux familles à partir du moment où cette école unique engloberait les différents niveaux d’enseignement du primaire au supérieur. En 1984, Jacques Chaban Delmas, opposé à la Loi Savary d’école unique, parlait d’un risque de société totalitaire si elle était appliquée. Le terme de totalitaire n’existe pas en 1920, mais nul doute que Guiraud l’aurait utilisé pour critiquer les propositions de Probus et ses Compagnons.

Probus, Jules Corréard (1874-1957), pourrait aujourd’hui être considéré comme un animateur de think tank, un remueur d’idées. Il publia pendant la guerre, en 1916, La plus Grande France, ouvrage dans lequel il proposait de nombreuses réformes pour le pays. Il s’y montrait, entre autres, comme régionaliste, c’est-à-dire partisan de la décentralisation.
Il poursuivit en 1918 avec les Cahiers de Probus, son pseudonyme de plume, dans lesquels il continuait à proposer des réformes de l’administration et de la vie politique. Il se rapprocha de nombreux hommes politiques, mais on voit dans le billet de l’Eclair Comtois qu’il ralliait des esprits de tout bord, y compris des professeurs catholiques, au grand dam de Jean Guiraud.
Il publia un journal pendant la résistance, l’Arc, il y acceptait le principe de travailler avec les communistes malgré des désaccords profonds.

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