Contre le premier mai, journée internationale des travailleurs

Eclair Comtois du 1er mai 1920

On ne peut pas qualifier l’Eclair Comtois de journal pro patronal et, pour comprendre cet article, ce n’est pas sous cet angle qu’il faut le lire. Son hostilité à la journée des travailleurs y est flagrante, pour d’autres raisons : des raisons religieuses.

Son titre doit être mis en relation avec les dernières lignes (dernier extrait de cet article, lignes encadrées en rouge) : le paradis des grévistes ainsi nommé est Besançon. L’allusion aux vers de Victor Hugo sur la soi-disant « vieille ville espagnole » qu’aurait été sa ville natale, est sans ambiguïté. La ville est dite « dans le train » car elle connaît la grève des cheminots avec l’action d’un syndicaliste local influent au sein de la Cie du PLM: Lucien Midol.

Bien sûr, le premier paragraphe élargit le sujet à toute la France, et la violence de l’attaque contre les socialistes et cégétistes éclate d’emblée : « les fainéants s’appellent des travailleurs » et ces travailleurs sont des fainéants. Ensuite, il n’est plus question du 1er mai que dans une ville : Besançon.

Le maire, la police, les journaux locaux (sauf un, l’Eclair Comtois) et même les patrons seraient complices et coupables de laisser les révolutionnaires manifester, défiler, fêter cette journée des travailleurs.

Pourquoi une telle opposition au 1er mai ? Un tel rejet de cette manifestation ? On en trouve un élément de réponse dans le paragraphe qui s’en prend à la police : autoriserait-elle une manifestation cléricale de cette nature ? Au nom de la laïcité, et peut-être par anticléricalisme, à l’époque, la réponse serait : non. Voilà l’origine du courroux de l’auteur de ce texte.

Il regrette l’époque où les processions religieuses étaient défendues et encouragées par les autorités civiles. Il perçoit le défilé syndical du 1er mai comme un concurrent des manifestations catholiques, et un concurrent qui l’emporte car il a de plus en plus de droits et l’attention qu’on lui porte augmente d’autant plus que la déchristianisation augmente.

Ce billet de l’Éclair Comtois n’est pas signé, mais son style et sa virulence le rapportent au rédacteur en chef, Louis Hosotte. On imagine aisément ce que devaient être les relations entretenues par cet homme de presse avec les autorités locales autres que l’archevêché.

Dans l’édition du 2 mai, le bilan fait par l’Eclair Comtois sur la manifestation de la veille à Besançon admet le calme du défilé et estime à 1130 les manifestants. Le Petit Comtois, son adversaire radical-socialiste, donnait 1300 personnes dans le cortège ; dans ce cas, l’Eclair Comtois ne trichait pas avec la réalité.

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