Résoudre le déficit budgétaire

Le Petit Comtois du 16 avril 1920

L’anniversaire de la mort de Léon Blum date d’il y a deux semaines – il disparut le 30 mars 1950 –. Cent ans avant cet anniversaire, le 15 avril 1920, il intervenait à l’Assemblée Nationale pour proposer un contre-projet budgétaire à celui de la commission des impôts. On constatera qu’à l’issue de cette crise que fut la Grande Guerre, les propositions de gauche portaient déjà sur les nationalisations et l’impôt sur le capital.

Pour faire face à la crise économique issue de la pandémie actuelle, on retrouve des propositions parfois analogues.

Les mesures des socialistes, afin de lutter contre le déficit budgétaire, n’étaient pas que fiscales. Leurs propositions envisageaient un certain nombre de nationalisations par la création de monopoles d’Etat dans les assurances, le sucre, le pétrole… En plus d’une hausse de l’impôt sur le revenu, Blum demandait des prélèvements sur la richesse acquise, c’est-à-dire sur le capital et sur les successions. Le scandale des nouveaux riches, à l’issue de la guerre, indisposait fortement à gauche.
Blum n’écartait pas le paiement des réparations allemandes, mais soulignait que l’Allemagne avait à résoudre des problèmes politiques et économiques avant de pouvoir s’exécuter. Or, ceux-ci n’étaient pas à la veille de l’être ; il fallait donc  bien que la France avance ces sommes.

Il aurait souhaité aussi une solidarité financière internationale, particulièrement anglaise et américaine. A quoi, Aristide Briand lui rappelait qu’elle n’avait pas été prévue par les Traités

Pour interpeller Léon Blum, il y eut Louis Loucheur (Républicain de gauche, c’est-à-dire centriste), Charles Dumont (inscrit au groupe radical, il est alors rapporteur du budget) et Marcel Habert (voir plus bas). Tous trois rejetaient nationalisations et impôt sur le capital. Pour Habert, un des arguments – fallacieux –consistait à dire qu’on ne connaissait pas la répartition du capital car il s’était déplacé – comme si les réorientations économiques du temps de guerre étaient encore méconnues du fisc en 1920 ! – .

Marcel Habert, nationaliste, élu de droite au sein du Bloc National en 1919 – il avait été à l’extrême droite auparavant, aux côtés de Paul Déroulède – répondant à Léon Blum, attendait d’abord un paiement intégral des réparations allemandes et il désapprouvait un impôt sur le capital, mais était partisan d’un impôt sur le chiffre d’affaires ; de plus il comptait sur la mise en valeur des colonies pour enrichir la métropole.

Surprenante fut l’intervention du député de la Charente, James Hennessy, de la célèbre famille de distillateur de cognac. Il se permit la remarque suivante : « que l’impôt sur le capital n’effraie pas plus les députés qu’il n’effraie les industriels ». Ce soutien inattendu fut évidemment applaudi à l’extrême gauche.

Les radicaux-socialistes, par la voie d’Edouard Herriot, soulignaient ce qui les différenciait des socialistes (la SFIO n’avait pas encore eclaté). Ils ne voulaient pas toutes les nationalisations souhaitées par ceux-ci, même si un monopole public sur le service des eaux ne les gênait pas. Ils admettaient la part croissante de l’impôt direct, dont l’impôt sur le revenu, sans en faire un impôt de classe. Globalement, Herriot ne s’opposait pas aux propositions socialistes et s’associait pleinement à la condamnation des bénéfices de guerre excessifs.

Les problèmes financiers de l’après-guerre suscitaient donc ces débats ; le Bloc National majoritaire ne permit évidemment pas l’acceptation du contre-projet socialiste.
Aujourd’hui, ces questions idéologiques redeviennent cruciales en ce moment de pandémie provoquant une immense crise économique et elles commencent à être débattues et le seront assurément encore après l’épidémie vaincue.

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