La question juive d’après l’Éclair Comtois

L’Éclair Comtois du 12 avril 1920

S’il fallait une nouvelle preuve de l’antisémitisme de ce journal, l’édition de ce jour en apporte une de taille.

La tribune commence par une lettre adressée à la rédaction de l’Éclair Comtois par un jeune juif de Besançon argumentant contre l’antisémitisme de ce quotidien et de son rédacteur en chef. La réponse de ce dernier, Louis Hosotte, tente vainement de démontrer l’inanité des arguments de son contradicteur.

Même si l’on doit reconnaître à Louis Hosotte l’acceptation du débat en publiant le courrier de ce jeune homme, on retrouve dans ses propos tout le vide du complot attribué aux juifs pour, soi-disant, dominer le monde. Le pamphlet d’Edouard Drumont dans la France juive (1886) ou ses écrits dans son journal la Libre Parole ont été des références constantes de l’Éclair Comtois depuis son apparition dans le monde de l’édition locale à Besançon, en 1903. D’ailleurs, le retrait de Drumont de la scène journalistique avait été salué avec regret par l’Eclair Comtois en juin 1916.

Les archives en ligne de memoirevive ne disposent pas de l’édition de l’Éclair Comtois du 5 avril ; or, si l’on en croit cette tribune, c’est dans cette édition que se trouvait un article intitulé « n’oubliez pas les Juifs », article à l’origine de la réaction de ce lecteur. Nous ne pouvons que faire confiance à ses citations pour comprendre ses propos. Louis Hosotte précise qu’il n’en était pas l’auteur, mais qu’il l’avait emprunté à un hebdomadaire bourguignon.

Alors que l’auteur du courrier déplore l’assertion de l’Éclair Comtois pour qui les Juifs seraient les fossoyeurs de la France (édition du 5 avril), Louis Hosotte ose prétendre qu’il s’agit là d’arguments sentimentaux.
Il poursuit soutenant que les intérêts juifs sont en contradiction avec les intérêts particuliers des peuples chez qui les Israélites habitent. Les arguments du jeune juif insistent sur ce que défendent les Juifs : la liberté de travail et d’intelligence. Ils contribuent à la prospérité de la patrie commune aux Juifs, aux Chrétiens, aux Musulmans et aux libres-penseurs.

Pour les antisémites, il existe un complot contre la sûreté de l’Etat conduit par les chefs socialistes, tous enjuivés…Et, en Russie, les chefs bolcheviques sont parfois juifs et feraient partie de ce complot juif international. A cela, le jeune contradicteur de Louis Hosotte rétorque en montrant le paradoxe suivant : les bolcheviques s’en prennent aux commerçants, boutiquiers, industriels juifs, or, eux sont partisans de la propriété privée. Où serait le complot juif international si les Juifs suivaient des politiques totalement opposées et s’affrontaient idéologiquement?

Pour Louis Hosotte, les Juifs forment une nationalité distincte de la nationalité française et ne peuvent donc être solidaires avec la nation française. La réplique, au sortir de la grande Guerre, est aisée ; Il suffit de faire référence à Georges Mandel qui, dans l’ombre de Clemenceau, soutint ardemment l’opiniâtre patriotisme et l’ anti-défaitisme du Tigre. Et le contradicteur d’Hosotte d’ajouter : les Juifs ont aussi versé leur sang pour la France – oubliez-vous le sang répandu côte-à-côte dans la lutte pour la liberté ? –Hosotte se montre alors odieux en écrivant : Quelques douzaines de juifs morts au champ d’honneur ne représentent pas l’ensemble du judaïsme.

Louis Hosotte énonce aussi toute une série d’idées antisémites et complotistes, toutes aussi nauséabondes :
– Le pacifisme, honni par la rédaction de l’Eclair Comtois, et l’humanitarisme seraient d’origine juive et nous aurait valu la guerre.
– L’internationalisme et les Juifs ont une relation étroite (Marx, Trotsky, Zinoviev sont juifs).
– Wilson éprouve de la tendresse pour le bolchevisme et cela est dû à son entourage sémite.
– L’interprète polyglotte le plus informé des tractations du Traité de Versailles était juif, (Mantoux), preuve du contrôle par les Juifs (comme Mandel avec Clemenceau ?)

Hosotte se pose en victime en développant une véritable paranoÏa. Et il prétend avoir le courage de le faire savoir car le contexte ne serait pas favorable aux antisémites. Il en oublie qu’il ne se prive pas d’une liberté de la presse totale lui permettant d’exprimer son antisémitisme.

Quelques jours après, dans l’édition du 17 avril, Louis Hosotte s’en prend à André Citroën, comme profiteur de guerre. Il n’était pas le seul, et, non sans raison, à critiquer l’enrichissement de l’industriel, mais il ne put s’empêcher de le désigner sous le terme d’Israélite, sous-entendant que les origines juives de Citroën expliquaient cet enrichissement discutable.

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