Agitation autour de la hausse de l’indemnité parlementaire

Petit Comtois et Éclair Comtois du 24 au 28 mars 1920

Le 24 mars, les lecteurs du Petit Comtois apprenaient que les députés venaient de s’octroyer une augmentation mensuelle de 1000 francs qui était appelée « indemnité de frais de résidence, de correspondances et autres ». Leur indemnité annuelle totale atteignait 15 000 francs avant cette décision, elle passait alors à 27 000.

Voilà une hausse qui contribua à nourrir l’antiparlementarisme déjà virulent dans le  pays, même s’il allait encore croître une dizaine d’années après. Pourtant, le contexte de la hausse des prix et surtout des loyers, particulièrement à Paris, pouvait faire comprendre une telle décision. Des demandes diverses de toutes les catégories sociales qui devaient faire face à la vie chère aboutissaient à des hausses de salaire justifiées.

Le supplément du Petit Journal du 8 février plaisantait en recommandant de se restreindre,  recommandant une sorte de décroissance comme l’on dirait aujourd’hui.
Mais les parlementaires devaient-ils ne pas bénéficier d’une mise à niveau de leur indemnité après l’inflation subie depuis 1914 ?

La réaction d’opposition du député catholique Ruellan à l’Assemblée Nationale est évidemment reproduite par l’Éclair Comtois qui trouve là un moyen de défendre la probité et la générosité des élus catholiques. Ce journal en fait même sa tribune dans l’édition du 28 mars.

Le vote pour cette hausse donna une écrasante majorité de oui, 374 voix  contre 139 non. D’autres députés catholiques n’avaient certainement pas adopté le point de vue de leur collègue Ruellan et l’Eclair Comtois ne le dissimule pas. Ce journal eut la bonne initiative de faire une revue de presse sur ce sujet, le 26 mars. Il y soulignait l’opposition virulente de l’Action Française qui estimait, par la plume de Daudet, que « la Chambre s’est frappée à mort ». Les journaux cités sont plus nombreux à critiquer qu’à défendre la mesure. L’antiparlementarisme a bonne presse.

On appréciera l’article équilibré du Petit Comtois du 28 mars : quand les parlementaires s’attribuaient une copieuse augmentation, certains, qui avaient voté contre et d’autres pour, eurent l’honnêteté de ne pas en profiter, restant ainsi fidèle à leur vote ou admettant qu’ils pouvaient s’en passer.

Le Petit Comtois cite M de Menthon, député conservateur de Haute-Saône et M. Charles Dumont député radical du Jura. En donnant ces deux exemples d’élus de bords politiques opposés, le journal entend mettre fin aux sous-entendus de son adversaire l’Éclair Comtois qui tendaient à montrer qu’il y’eut surtout des conservateurs catholiques pour refuser cette forte hausse de leur indemnité. Et puis, conscient de l’exemplarité des décisions parlementaires, le rédacteur s’interroge : comment les élus résisteront-ils aux augmentations demandées dans la fonction publique avec une telle libéralité vis-à-vis d’eux-mêmes ? Et il attend de tous ceux qui ont voté contre cette augmentation fassent comme le député haut-saônois et y renoncent.

Terminons en notant que la Dépêche Républicaine de Franche-Comté, l’autre journal édité à Besançon, n’écrivit pas une ligne sur cette hausse d’indemnité parlementaire. La rédaction avait-elle jugé que ce sujet ne justifiait aucune réaction ? Ou bien se gardait-elle de prendre position pour ne pas déplaire à ses lecteurs que leur avis ait été en faveur ou non de cette mesure ?

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