Besançon : meeting de la CGT avec Galantus

Petit Comtois et Éclair Comtois du 22/03/1920

Se remémorer ce que furent les meetings ouvriers depuis la fin du XIXe siècle rappelle les profondes transformations du monde du travail depuis cette époque. La classe ouvrière n’avait peut-être pas d’homogénéité et ses divisions étaient apparentes, mais une conscience de classe existait bel et bien auprès d’un grand nombre d’ouvriers et on le perçoit dans les meetings, les bourses du travail, certaines conférences populaires et, bien évidemment, au sein de la CGT.

Ce meeting du Palais Granvelle, avec 450 participants selon le Petit Comtois – que l’on ne peut pas soupçonner d’esprit partisan pour ces socialisants – témoigne de l’intérêt du monde ouvrier local et de la capacité mobilisatrice de la CGT d’alors. Le rédacteur prend soin de signaler la présence de quelques femmes et jeunes filles ; l’industrie bisontine occupait des femmes dans les soieries, le textile, l’horlogerie… Leur place dans le syndicat restait modeste et il n’était guère question de revendiquer pour une égalité salariale.

L’Eclair Comtois, dans son édition du même jour, estime que le meeting a été un « four » et il s’en réjouit. Il dénombre les participants et donne seulement 250 personnes dont de nombreux gamins et quelques femmes. Comme la Dépêche Républicaine, il tient compte de ce qui s’est passé dans la cinquantaine de villes retenues par la CGT pour organiser des meetings et , s’il parle de « four » c’est pour l’ensemble.

L’orateur principal, à ce meeting, est Henri GALANTUS (1869-1949).

Il occupa une place dirigeante dans la CGT locale ; au sortir de la guerre il était secrétaire de l’Union départementale des syndicats ouvriers du Jura d’après le Maitron.

Dans ce compte-rendu journalistique du Petit Comtois, on sent une certaine animosité du rédacteur ; c’est  la ligne du journal n’appréciant pas la radicalité des socialistes et des cégétistes à l’origine de beaucoup de grèves en ce printemps 1920.

Ce militant intervient sur les thèmes favoris du moment : la vie chère, la journée de huit heures, l’amnistie pour les marins mutins de la Mer Noire, la révolution russe. Il n’apparaît pas comme un soutien inconditionnel du nouveau pouvoir russe, bolchevique, de plus en plus triomphant.  

D’ailleurs, Galantus, au congrès de Tours de décembre 1920, ne voulut pas de l‘adhésion au Komintern ou 3e Internationale communiste sous emprise des bolcheviques. Membre de la Fraternelle de Saint-Claude (Jura), il était un coopérateur peut-être encore empreint d’idées proudhoniennes si fréquentes chez les syndicalistes comtois plutôt que d’idées marxistes.

La fin du meeting se déroula dans le calme, on aurait aimé lire que l’on chanta Le grand métingue du métropolitain du chansonnier Maurice Mac-Nab en1887. Cette chanson ouvrière, immortalisée à l’époque par Yvette Guilbert ou Vincent Hyspa dans différents cafés-concerts, était parfois reprise à l’occasion de meeting comme celui-ci.

En voici les dernières paroles :

Peuple français, la Bastille est détruite,
Et y a z’encor des cachots pour tes fils !..
Souviens-toi des géants de quarante-huit
Qu’étaient plus grands qu’ ceuss’ d’au jour d’aujourd’hui
Car c’est toujours l’ pauvre ouvrier qui trinque,
Mêm’ qu’on le fourre au violon pour un rien,
C’était tout d’ même un bien chouette métingue,
Que le métingu’ du métropolitain

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s