Le chewing-gum

La Dépêche Républicaine de Franche-Comté du 2 mars 1920

Une mastication commencée en Europe surtout à partir de 1918 et qui donne ici l’occasion de plaider contre les importations.
Cette publicité de Wrigleys illustre parfaitement l’arrivée du chewing-gum avec les troupes américaines (Following the Troops). Une cargaison de marchandises, dont du chewing-gum, accompagne les soldats et leur apporte « bien-être et rafraîchissement sur le front ».

Sur un ton badin, Maurice Gandolphe, l’auteur de ce texte, recommande le colbertisme en matière de commerce extérieur : importer le moins possible en se protégeant, mais exporter pour avoir une balance commerciale excédentaire.

Il commence par se moquer de cette salivation nationale, la jugeant plutôt vulgaire. Il ose même écrire (par respect pour les alliés américains) que le gentleman des États-Unis mastique élégamment et, pour ne pas gêner des interlocuteurs, colle avec prestesse son résidu sous le siège de sa chaise. Une pratique vite adoptée par l’usager français et il n’est guère de lieu public, encore aujourd’hui, qui ne dissimule sous les tables et les chaises quantité de chewing-gums collés.

Il s’insurge plaisamment contre les cent mille francs quotidiens payés aux États-Unis pour du caoutchouc à mastiquer. Plus loin, il précise que les importations à l’année coûtent 40 millions.

S’il ironise sur plusieurs paragraphes de son article, le journaliste fait preuve de sérieux moralisateur par la suite. Estimant que la France et ses colonies ont de quoi  disposer de toutes les ressources nécessaires à leur consommation, il recommande l’arrêt de toute importation, surtout lorsqu’il s’agit de plaisir et de consommation non indispensable.

Ce repli sur soi, d’un point de vue commercial, était-il compatible avec les alliances politiques ? Le rédacteur de ce billet ne voit les choses que par le petit bout de la lorgnette. Il ne se soucie pas des représailles à l’encontre des exportations françaises. Il raisonne comme le feront les dirigeants pendant la grande crise de 1929.
Le repli commercial durcira alors les relations diplomatiques et le protectionnisme fera partie des causes de la seconde guerre mondiale en raison des mécontentements des pays qui en furent le plus victime, comme l’Allemagne.

Il retrouve sa verve pour conclure, en jouant sur le côté collant de la pâte à mâcher : « politique de la poisse » que celle qui consiste à importer en déséquilibrant la balance commerciale.

Les archives en ligne du Congrès américain (Library of Congress) permettent de visualiser quelques publicités parues dans ce journal (The stars and stripes )pour les forces armées des États-Unis dans une édition faite en France. Wrigleys (voir plus haut) ou Adams ci-dessous.

Produit de l’industrie agro-alimentaire, le chewing-gum provenait d’une fabrication selon les règles du taylorisme. Emballage de chewing gum (Détroit, entre 1915 et 1925).

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