Misère de « la Presse Bisontine ». La grève coûte.

La Presse Bisontine du 25 janvier 1920

Les éditions  des dimanches 18 et 25 janvier n’eurent que deux pages, dont les 3/4 de la seconde pour de la publicité. Les pages publicitaires des éditions dominicales habituelles disparaissaient et, avec elles, des ressources pour chacun des trois journaux. Un accord dut être établi entre eux pour décider de l’usage de la maigre recette de ces publicités restreintes.

 Ce fut encore le cas le  1er février alors que le 8, février, les réclames occupèrent quatre pages.

Mais ce fut la seule fois. Le dimanche 15 février, alors que l’édition avait été annoncée à quatre pages, incitant même les officiers ministériels à communiquer rapidement leurs annonces, elle n’eut cependant que deux pages.
Ainsi, la Presse Bisontine ne réussit-elle- point à attirer les annonceurs et dut se contenter de petites recettes.

Dans la même édition du 8, en page 2, les  patrons de presse reproduisaient un article du Télégramme du Nord portant sur la presse et la crise du papier. Il permettait d’évoquer la hausse à venir du prix du journal. L’Éclair Comtois du 8 janvier avait déjà abordé le sujet. Mais ce journal du Nord ne mettait l’accent que sur le prix du papier, se contentant de noter que d’autres facteurs expliquaient la tension sur les prix, sans insister. Or, la main d’œuvre coûtait plus cher et le conflit social auquel les patrons de presse comtois faisaient face l’illustrait parfaitement. Mais il était préférable de ne pas jeter de l’huile sur le feu et de se satisfaire du prix du papier, en hausse réelle de toute façon, pour réclamer un prix de vente des quotidiens à 15 ou même 20 centimes.

Les propriétaires de journaux et d’imprimerie s’attendaient à devoir faire des concessions salariales lors de ce conflit et devaient admettre qu’un journal à 10 centimes ne leur permettrait plus de fonctionner. Pour justifier la hausse, ils invoquèrent l’argument du temps de guerre, celui du manque et du coût du papier. Certes, l’offre n’était pas encore suffisante pour réduire le coût de cette matière première, mais les importations de pâte de bois et de charbon devaient augmenter et, avec elles, un prix plus abordable pour fournir les imprimeries. La presse restait le seul média et ne risquait pas la concurrence car toute élévation de prix devait être acceptée par un accord entre l’ensemble des journaux. Cet accord nécessaire sauvait la presse locale aux tirages modestes face aux géants parisiens comme le Matin, le Petit Journal (en déclin, mais tire encore à 400 000 exemplaires), le Journal), l’Excelsior ou le Petit Parisien (2 millions d’exemplaires de tirage quotidien)…

Cette presse parisienne avait connu le même type de conflit en novembre 1919, pendant trois semaines. La seule édition avait alors été la Presse de Paris, organisée par les patrons. Les typographes avaient obtenus des augmentations de salaire notables. On fit donc à l’identique, à Besançon et à Dijon en janvier-février 1920 : une édition de remplacement des quotidiens d’opinion et une négociation qui finit par un accord.

Même si cela est assez évident, signalons que la grève des typographes n’affecta pas que les titres de la presse quotidienne. Ainsi, un mensuel comme la revue Franche-Comté et Monts-Jura ne put paraître en janvier 1920. On l’apprend dans l’édition de la Presse Bisontine du 25 janvier.

Ces trente-trois jours de grève correspondaient à un conflit hors norme dans l’industrie de la presse régionale.

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