Déjà, l’on craignait l’épuisement des ressources…

… de houille

La Dépêche Républicaine du 10 décembre 1919

Il est toujours intéressant de se confronter à l’état d’esprit de ceux qui nous ont précédés. Et l’article rédigé par le sénateur du Doubs, Maurice Ordinaire, il y a cent ans, est révélateur d’une pensée tournée vers l’industrialisation accélérée,  la croissance, la consommation d’énergie toujours accrue, choses advenues, mais aujourd’hui remises en cause par beaucoup.

Toutefois, il est une réflexion de cet homme qui en rejoint d’autres pourtant proclamées plus de cinquante ans après dans le rapport Meadows en 1972, à savoir  la crainte de l’épuisement des ressources. Avec une différence de taille : si en 1972, on a traduit ce rapport de scientifiques du MIT par l’expression française « halte à la croissance », en 1919 il n’était absolument pas question de ralentir celle-ci, bien au contraire.

Au sortir de la première guerre mondiale, la France et d’autres belligérants sont confrontés à une pénurie d’énergie alarmante. Or, tout repose alors sur le charbon qui permet la production d’électricité dans des centrales thermiques ou celle de gaz pour le chauffage et les gazinières, comme pour l’éclairage urbain, dans des usines à gaz dont toutes les grandes villes sont alors dotées. Energie primaire alors indispensable, le charbon est loin d’être remplacé par les hydrocarbures. Tout juste, le pétrole prend-il de l’importance dans le transport automobile et l’aéronautique, mais ce n’est pas encore le cas dans les chemins de fer et la navigation.

Le rédacteur fait le tour des grandes régions charbonnières du monde et admet la faiblesse des réserves européennes, tant françaises qu’anglaises ou allemandes, mais il sait qu’en Amérique et en Asie, celles-ci sont abondantes et il pense que les géologues trouveront encore d’autres réserves en Afrique.

Il affirme alors qu’il reste de quoi approvisionner l’humanité en charbon pour quelques siècles, périodes dont il a conscience de la brièveté à l’échelle de l’histoire humaine et des besoins industriels. Mais il s’inquiète des disponibilités de main d’œuvre ; faisant preuve, alors, d’une méconnaissance des dures conditions de travail des mineurs de fond à propos de qui il parle de « prétentions indéfiniment croissantes », comme si les grèves de 1919 étaient celles de salariés nantis. Maurice Ordinaire n’aurait-il pas lu Zola et son Germinal ? Même si le contenu du roman correspond aux conditions de la mine durant la deuxième moitié du XIXe siècle, le travail y est encore dangereux, pénible et cause de silicose.

La pénurie de charbon de l’hiver 1919-1920 révèle les fragilités des sociétés urbaines et industrielles. Maurice Ordinaire dit bien la dépendance à l’égard de cette énergie et l’on pourrait remplacer facilement son alerte à propos de la mine [de charbon] comme rouage alors indispensable, par celle de la production électrique aujourd’hui tout aussi vitale pour nos économies et sociétés contemporaines.

Empreint de l’optimisme des progressistes de l’époque, M. Ordinaire évoque d’autres sources d’énergie, celles que l’on classe parfois dans une deuxième révolution industrielle dont l’appui énergétique serait amplifié par le pétrole et l’électricité. Dès la Belle Époque, avant 1914, on avait commencé à développer l’usage des moteurs thermiques.

Quant à l’électricité d’origine hydraulique, la houille blanche comme on disait alors, elle fournissait déjà une part notable du bilan énergétique de la France.

L’intérêt de cet article se lit aussi dans les dernières lignes, quand son auteur envisage des énergies d’avenir : force des marées, chaleur solaire (il n’évoque cependant pas la lumière solaire – Becquerel avait cependant déjà montré le rôle des photons sur les électrons –), force éolienne. Ce terme de force – pour énergie – donne le titre de cet article.

On lit donc ici, bien des différences entre nos préoccupations actuelles face aux énergies produisant des gaz à effet de serre, et celles de 1919 ; mais quelques passerelles sont jetées vers l’avenir, avec l’inquiétude de la pénurie et l’espoir de futures énergies – aujourd’hui dites renouvelables – .

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