Besançon : rififi électoral autour de la brasserie Gangloff

Dépêche Républicaine et Petit Comtois des 29 et 30 novembre 1919

Les élections municipales sont, de tout temps, l’occasion de règlements de compte, de coups bas, de médisance et calomnie. Besançon n’y échappe pas en novembre-décembre 1919. Le Petit Comtois avait déjà montré son animosité à l’égard du maire Antoine Saillard qui pourtant ne se représentait pas.

A la veille du 1er tour du 30 novembre 1919, une entreprise locale se trouve à la une de deux des journaux de la ville, la brasserie Gangloff. L’importance de cette entreprise de Besançon tient à la production d’une bière réputée (jusqu’à Paris dit le site de celui qui a reprit la marque récemment), à son implantation proche du centre (elle occupait l’emplacement de l’actuel immeuble du « Président ») et à l’emploi dispensé.
Pour comprendre l’échange de courrier par voie de presse dont il est ici question, il est important de savoir que le patron de la brasserie, Jean Gangloff, se présentait sur la liste radicale-socialiste à ces élections municipales.

Le 29 novembre, la Dépêche Républicaine publie une lettre émanant d’ouvriers ayant travaillé à la dite brasserie pendant l’été. En cette saison l’activité brassicole augmente et l’entreprise offrait des emplois temporaires pour produire plus et ainsi répondre à une demande en hausse.

Mécontents d’un licenciement dont ils étaient avertis, ces ouvriers attaquent leur patron avec médisance et calomnie, estimant qu’il n’a pas à figurer sur une liste de candidats aux élections locales car il ne respecterait pas les intérêts des Bisontins. Autant l’on comprend leur mécontentement de se retrouver sans emploi à l’approche de l’hiver, autant il est désagréable de lire les arguments utilisés. Le principal reproche porte sur un soi-disant remplacement par des étrangers.

Une réponse à cette lettre calomnieuse est fournie dans le Petit Comtois du lendemain par 35 anciens ouvriers de la Brasserie. Et il apparaît que l’expression « les étrangers » – qui auraient remplacé les bons Français licenciés – ne correspond en fait qu’à un seul Alsacien, donc un ouvrier bien français, comme Gangloff qui était lorrain. Même en 1919, il ne faisait pas bon porter un nom allemand à Besançon.

On se serait cru au pire moment de la guerre quand, en 1914, la France était envahie par l’armée allemande. Alors, la peur et la misère poussèrent des individus à s’en prendre à tout ce qui évoquait l’Allemagne. Mais ce fut aussi des règlements de compte entre employeur au nom germanique et employé… et beaucoup de bêtise : ainsi pour la boulangerie Viennoise qui dut changer son nom pour Biennoise parce que Vienne était la capitale d’un pays ennemi (voir le lien ci-dessus).

Dans le Petit Comtois, la lettre-réponse précise d’autre part combien la Brasserie Gangloff se montra solidaire de ses employés mobilisés pendant tout le conflit.

Même si l’on pense que ce point de vue est partial, il n’en demeure pas moins que la xénophobie des attaquants est déplacée et leur rappel du sacrifice des poilus qui ont protégé les intérêts de Gangloff est d’autant plus malvenu si l’entreprise a veillé à soutenir financièrement ses employés mobilisés.
Les propos d’Anatole France – on croit mourir pour la patrie, on meurt pour des industriels – étaient facilement généralisés.

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