Le maire de Besançon attaqué par le Petit Comtois

Le Petit Comtois du 24 novembre 1919

Après les élections législatives du 16 novembre, les Français revenaient aux urnes à la fin du même mois pour les élections municipales.

Antoine Saillard était maire de Besançon depuis 1912. Aux élections municipales des 5 et 12 mai 1912, les radicaux n’avaient eu que 14 élus sur 32 et n’obtinrent aucun poste d’adjoint. On peut considérer qu’ils représentaient une forme d’opposition à l’intérieur du conseil municipal. A l’époque, un clérical, Jean Guiraud, un des fondateurs de l’Eclair Comtois avant de prendre la direction de la Croix, avait été élu et soutenait Antoine Saillard.

Le bilan fait par le Petit Comtois à la suite des adieux du maire (voir l’Eclair Comtois du 22 novembre 1919) nouvellement député et ne se représentant pas aux municipales du 30 novembre est évidemment critique et laisse entendre que le maire n’a absolument aucune raison de se glorifier de résultats remarquables. Antoine Saillard appartenait au groupe des conservateurs et libéraux, et comme il était catholique pratiquant, il n’appréciait pas l’anticléricalisme des radicaux. Pour le Petit Comtois, le maire appartenait à un bord politique adverse et, depuis 1912, ce journal n’apportait guère de soutien à l’action municipale.

Face au bilan du maire et de ses adjoints, l’opposition radicale insista sur des difficultés de ravitaillement non surmontées pendant le temps de guerre quand des villes comme Belfort ou Dijon obtenaient de bons résultats. Elle ajouta au passif de la municipalité Saillard, l’approvisionnement en eau, très irrégulier, affecté par des coupures quasiment quotidiennes en été faute d’un nombre suffisant de châteaux d’eau et d’un réseau de qualité. Enfin, elle reprocha une gestion budgétaire désastreuse avec un endettement inquiétant.

Pour autant, le Petit Comtois devait-il faire abstraction des conditions de guerre qui marquèrent le mandat de Saillard ? Certes, de mai 1912 à juillet 1914, il y eut deux ans hors conflit, mais assurément, les cinq années suivantes en pâtirent profondément et le déficit budgétaire y trouvait sa source. D’autre part, M. Saillard avait été absent pendant presque toute la guerre en raison de ses obligations militaires et ce sont trois de ses adjoints qui assumèrent cette responsabilité durant ces années terribles, messieurs Dousseau, Monnier et Sancey. Et, à l’actif de la municipalité, pour cette période, peut être mis le soutien apporté à la Compagnie des tramways qui améliora le réseau et le matériel.
L’Eclair Comtois du 29 novembre répliqua en défendant l’ex-maire Saillard ; lui trouvant, à juste titre, les excuses de la guerre et attaquant les radicaux en leur rappelant qu’ils avaient été au pouvoir les quinze années précédents 1912 et que leur bilan n’était pas si glorieux. De plus, ce journal s’en prit directement à un candidat radical, Julien Durant, pour son hostilité au suffrage des femmes. Dans ce domaine, les plus conservateurs n’étaient pas ceux que l’on croit et l’on a déjà expliqué pourquoi.

Antoine  Saillard quittait d’autant plus facilement la charge de maire qu’il venait d’être élu député pour un mandat qui allait durer jusqu’en 1924. Élu le 16 novembre 1919, il avait été porté par l’alliance entre conservateurs et libéraux modérés. Le scrutin de liste lui fut favorable car dans la ville même où il était édile, il n’obtint pas la majorité des voix.

Si le Petit Comtois du 24 novembre était si négatif vis-à-vis de Saillard, c’est aussi parce qu’il appartenait à la liste du Doubs qui venait de gagner les législatives, évinçant les radicaux jusque là élus majoritairement au niveau local. Il y a un mauvais goût de revanche dans ce pamphlet politique que représente cet article intitulé « fin de mandat ».
Déjà, le Petit Comtois met en avant certains des radicaux-socialistes qui figurent sur la liste des candidats aux municipales qu’il soutient. Ainsi, Charles Siffert (il sera élu et deviendra maire lors du mandat suivant, en 1925, et le restera durant trois mandats).

Ce dénigrement de l’équipe Saillard par le Petit comtois ne doit cependant pas dissimuler que la lutte électorale pour ces municipales n’eut pas la même virulence que celle des législatives. En effet, un accord pour le second tour fut signé entre les radicaux-socialistes et le parti libéral et progressiste. Il prévoyait une liste unique sur laquelle devaient figurer les candidats des différents partis selon une représentation proportionnelle à leur résultat au premier tour. Un accord fut également signé avec les socialistes entre les deux tours. Et une liste commune aux trois partis fut donc présentée aux électeurs le 7 décembre.

Les résultats du 30 novembre donnèrent 12 sièges à l’Entente Républicaine (droite), 12 aux radicaux-socialistes et 8 aux socialistes qui figurèrent donc sur une liste commune pour le tour du 7 décembre.  Ce 2e tour ne modifia pas cette répartition.
La majorité étant à gauche, Charles Krug, radical-socialiste devint maire.

Liste de représentation proportionnelle après accord entre les trois partis à l’issue du 1er tour du 30 novembre et pour le 2e tour du 7 décembre 1919

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