Elections législatives de 1919

Les élections vues par les journaux de Besançon ↓.

Le mode de scrutin est détaillé dans le Petit Comtois du 26 octobre . Rompant avec le scrutin uninominal à deux tours, l’adoption du scrutin de liste avec répartition proportionnelle change profondément l’élection. Les journaux de toute tendance s’emploient alors à persuader les électeurs de la nocivité de rayer des noms sur une liste (possibilité donnée), leur recommandant de voter pour une liste entière.

Les discours de campagne se ramènent aux conséquences de la guerre et aux mesures urgentes à prendre : l’exécution du Traité de Versailles (avec les réparations dues par l’Allemagne, en premier), la reconstruction des régions dévastées, et l’équilibre du budget avec une solution pour la dette. A droite et au centre, les candidats appelaient à l’union, à la concorde et à l’anti-bolchevisme ; à gauche, à des réformes profondes au bénéfice des travailleurs, voire à la révolution.

Le ton de la campagne est donné par les socialistes révolutionnaires d’une part et par les plus nationalistes, souvent alliés aux modérés libéraux, qui veulent un Bloc National opposé aux radicaux. Sont constituées des alliances électorales pour renforcer les candidats d’une même liste. C’est ainsi que les moins extrêmes se retrouvent soit dans l’Union Démocratique (les radicaux qui n’ont pas voulu de la dénomination habituelle de radical-socialiste), soit dans l’Entente Républicaine Démocratique. Cette dernière alliance électorale rallie la droite modérée et républicaine avec des nationalistes plus virulents.

Le Petit Comtois a vu venir la défaite du parti radical qu’il soutenait comme toujours. La veille du scrutin, il demandait aux ouvriers, électeurs tournés vers les socialistes, de voter utile, sachant que leurs candidats n’atteindraient pas le nombre de voix nécessaire pour être élus et les enjoignant à rejeter la tentation de la révolution, source de chaos. Le soir même, dans un dernier meeting au Kursaal de Besançon, les candidats radicaux se faisaient conspuer par les plus révolutionnaires des socialistes présents en nombre et malgré l’appel à la modération demandé par Jouchoux, candidat socialiste lui-même.

Avant cette veille de scrutin, le député Girod s’était représenté alors qu’il avait préalablement renoncé, mais face à la défaite prévisible, il était le seul à pouvoir sauver un siège pour la liste radicale-socialiste, nommée pour ces élections, Union Démocratique. Il est vrai que les radicaux du Doubs avaient perdu récemment des hommes de valeur bien implantés localement : Albert Métin et Maurice Bernard.

Le même journal publiait, le jour du scrutin, une attaque contre la principale liste adverse, et la taxait de non démocrate. Sur cette liste, le marquis de Moustiers, vrai républicain, réagissait dans la Dépêche Républicaine le lendemain, déplorant cette calomnie alors qu’il jugeait jusque là la campagne électorale honnête et correcte

Dans le Doubs, le vote ne donna pas lieu à trop de réclamations. Il faut tout de même remarquer cet entrefilet dans la Dépêche Républicaine du 18 novembre signalant l’absence de bulletins de la liste des adversaires de la gauche.

 

Sont élus dans le Doubs, les 4 premiers de la liste « travail, ordre et liberté », celle de  l’Entente Républicaine Démocratique, c’est-à-dire la droite et un seul de la liste d’Union Démocratique, celle des radicaux-socialistes, Adolphe Girod député sortant réélu.

Les socialistes qui se présentaient dans le Doubs , (article du 30/08/2019) n’étant pas parvenus à trancher entre le soutien aux bolcheviques ou non sont en échec en Franche-Comté et généralement en France, sauf dans le Nord. Leur représentation est à peu près réduite de moitié.

Mais le recul des radicaux-socialistes est nettement plus cinglant.

Le Petit Comtois, dans l’édition du 18 novembre, ne peut qu’admettre leur défaite. Il la met sur le compte du nouveau mode de scrutin de liste avec proportionnelle et aussi sur le mécontentement des masses populaires à l’égard des politiques qui dirigeaient avant et pendant la guerre. Il admet également que l’impossibilité d’alliance entre socialistes et radicaux a desservi la gauche.
Et il attend de voir ses adversaires à l’œuvre, sachant qu’elle est immense.

La Dépêche Républicaine a le triomphe assez modeste, caractéristique de sa tempérance habituelle. Ce n’est pas le cas de l’Éclair Comtois.↓

L’Eclair Comtois exulte. D’abord parce que la liste qu’il soutenait, celle de droite, dite d’Entente Républicaine Démocratique, gagne largement dans toute la Comté. Mais la joie de la rédaction tient plus dans l’échec de ses adversaires traditionnels, les radicaux anticléricaux. Le quotidien se contente dans ses éditions des 17 et 18 novembre de donner des résultats sans commentaire à l’exception de ce titre ↑

Dans le journal du 19/11, le rédacteur en chef, Louis Hosotte, enfonce le clou en dénigrant totalement l’œuvre des radicaux qu’il rend responsables d’une guerre civile religieuse (allusion aux effets de la politique anticléricale et surtout de la séparation de l’Eglise et de l’Etat), et des difficultés militaires de la France en 1914, allant même jusqu’à généraliser des faits de trahison. Il qualifie ces radicaux-républicains d’incapables, inconscients ou malhonnêtes.

Même si Louis Hosotte termine sa tribune avec prudence, conscient que la nouvelle assemblée doit faire face à une situation politique, financière et économique préoccupante, il rejette le qualificatif de « réactionnaire » donné par la gauche à la nouvelle Chambre – elle a aussi été dénommée « chambre introuvable » par analogie abusive avec celle, royaliste-ultra, de la Restauration en 1815 –  et n’annonce pas de répression à l’encontre des « travailleurs » en grève. On la nomma surtout Chambre Bleu-horizon au vu de la forte proportion d’anciens combattants.

L’Éclair Comtois cite Jean Guiraud, rédacteur en chef de la Croix qui avait été un des fondateurs de l’Éclair Comtois – celui-ci parle de « grand courant d’air ayant renouvelé le Parlement » ajoutant, pour la Franche-Comté, qu’elle a été libérée du joug maçonnique. Et, toujours aussi raciste, l’antisémitisme du journal éclate à la fin de cette tribune du 20 novembre.

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