« Un loup », c’est-à-dire un loupé…

Ou la profession de foi d’un candidat aux législatives.
La Dépêche Républicaine du 4 novembre 1919.

C’est bien dans le sens médiatisé après son usage par Martine Aubry (« quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup ») que le député Emmanuel Brousse utilise ici ce nom. Rien à voir avec l’animal, le terme désigne ici un défaut, une erreur, un loupé.

Et de quel loupé s’agit-il selon ce député ? La construction d’un grand arsenal à Roanne, décidée en pleine guerre par Albert Thomas. Appartenant à la SFIO, l’homme incarnait l’Union sacrée pour la gauche socialiste. Généralement soutenu et défendu par le Petit Comtois, il n’obtint pas le même soutien de la part la Dépêche.

Conçu en 1916, ce projet d’arsenal devait suppléer au  manque d’obus de 75 et 155. Dès mars 1917, le Sénat posa un certain nombre de questions sur le financement et le retard de réalisation. Albert Thomas, organisateur de la production d’armement, se justifia sans convaincre.

En juillet 1918, alors que la fabrication d’obus n’avait pas commencé, le ministère de l’Armement, par souci d’efficacité, confia à André Citroën la tâche d’organisation de cette production et le pouvoir de passer des marchés pour le matériel et outillage et pour les logements ouvriers, cantine et infirmerie. Un rapport d’une commission du Sénat (daté du 16 octobre 1919) révéla alors un autre scandale. André Citroën avait mis à profit les pouvoirs qu’il détenait pour majorer les commandes et empocher la différence entre le prix facturé à l’Etat et le paiement réel réalisé par Citroën.

De cet enrichissement de l’entrepreneur, il n’est pas question dans cet article de la Dépêche. Le député-rédacteur préfère charger Albert Thomas qui, pourtant, avait demandé une enquête sur les tractations de Citroën.

Mais début novembre, on est à quelques jours des élections législatives et montrer du doigt les défaillances d’un adversaire socialiste est plus important pour ce libéral centriste qu’est Emmanuel Brousse que de désigner à la vindicte populaire un nouveau riche comme André Citroën.

Oui, l’arsenal de Roanne fut alors une mauvaise affaire pour l’État et il contribua aussi à amplifier la hausse des prix dans cette ville où les ouvriers de l’Arsenal étaient bien rémunérés.

Brousse reconnaît à Thomas de bonnes intentions mais, surtout, il affirme que l’État est incapable de parvenir à diriger une production dans de bonnes conditions. Voilà la position de fond de ce candidat qui affirme ainsi son opinion libérale au niveau économique.

En cette année où la gauche révolutionnaire peut s’appuyer sur le mouvement bolchevique russe pour montrer qu’un changement d’idéologie est possible au niveau de l’Etat, il est important pour les élections législatives d’affirmer ses convictions hostiles à toute intervention de l’État. Après l’épisode de guerre qui nécessitait son intervention, l’Etat doit revenir à ses pouvoirs régaliens et uniquement à ceux-ci. C’est la profession de foi d’Emmanuel Brousse.

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