Pénurie de charbon

Petits Comtois de fin octobre et début novembre 1919

Le supplément illustré du Petit Journal du 26 octobre 1919 fait sa une sur un bougnat géant. Ce livreur de charbon à Paris était alors attendu comme le messie car le chauffage et la cuisson alimentaire dépendaient largement de lui.

Le bougnat est devenu maître de l’heure, écrasant de toute sa taille hors norme une population gelée, dépendante de ses livraisons pour se chauffer et cuisiner. Les cheminées ne fument plus comme d’ailleurs celles des usines qui ne rejettent plus ni poussier ni fumée, faute de combustible.

Ce dessin paru dans le Petit Journal m’a fait penser à celui de Frantisek Kupka, paru dans l’Assiette au Beurre du 11 janvier 1902 et dont le thème était l’argent. On y voit aussi un géant, le veau d’or capitaliste, protégé par l’autorité publique militaire, écrasant de sa puissance une foule d’ouvriers soumis, en marche vers des usines qui, alors, crachent leurs fumées.

Les effets de cette pénurie de charbon sur l’économie et la population sont moins connus que ceux de l’après deuxième guerre mondiale. Il est vrai qu’ils furent moins durables et l’hiver 1919-1920 fut la seule saison de restrictions notables.

Le charbon manquait néanmoins. C’était le cas depuis l’hiver 1914-1915 quand les mines du Nord occupées par les Allemands cessèrent d’approvisionner le reste du pays. Et, malgré les importations d’Angleterre, et la gestion de la distribution et des prix par le Bureau National des Charbons depuis 1917, la pénurie continua après novembre 1918, aggravée par des grèves et des problèmes de transport. Les charbons de l’Allemagne occupée n’arrivaient quasiment pas, ceux du Nord ne prenaient pas encore le relais car les destructions liées au conflit n’étaient pas réparées.
La reconstruction prit du temps et ce n’est qu’en 1921 que la tutelle du Bureau des Charbons disparut. On entrait alors dans une période de surproduction et l’intervention de l’Etat sur le marché cessa.

L’exemple de Besançon peut résumer ce que furent les restrictions.  
La consommation des particuliers en gaz et électricité fut réduite drastiquement de 30 %. Ces deux énergies secondaires provenaient d’usine à gaz de houille, produisant du  gaz d’éclairage  puis ce que l’on nommait le  gaz de ville  et de centrale électrique au charbon – le charbon était l’énergie primaire –.

Et l’éclairage public, les magasins, les cafés et restaurants, les hôtels furent également soumis  à ces restrictions.

A Besançon, la campagne électorale des législatives pour les élections des députés prévues le 16 novembre, s’agrémenta de reproches au maire de la ville en rapport avec la pénurie de charbon.

Candidat centriste à la députation (libéral modéré), il fut l’objet de railleries de la part de ses adversaires politiques. Il n’avait pu éviter à la ville de restreindre sa consommation énergétique, or il semble qu’il ait eu un parent commandant dans la Sarre occupée et charbonnière.

 Ce libelle semble dire qu’il eut alors été possible à M. Saillard de faire approvisionner sa ville. Un passe-droit favorisant Besançon ?

Le Petit Comtois, journal adverse de ce candidat, ne se prive donc pas de publier cette remarque, espérant que des lecteurs la prennent au premier degré pour ne pas voter pour la liste de droite sur laquelle est Saillard et qu’ils se tournent vers la liste radicale-socialiste.

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