Le procès de « la Gazette des Ardennes »

Le Petit Comtois du 19 octobre 1919

Moins connue que l’épuration à l’issue de la deuxième guerre mondiale, celle qui suivit la grande Guerre ne fut pas pour autant négligeable dans les régions qui furent occupées par les Allemands de 1914 à 1918. Là où des faits de collaboration ont pu être établis.
Et que dire de l’Alsace-Moselle, occupée depuis 1870? Là où, en 1918-19, quelques-uns choisirent l’Allemagne pour ne pas avoir à connaître le retour de l’autorité française.

Parmi les Conseils de guerre qui jugèrent des cas de collaboration, celui qui concerna des acteurs de la Gazette des Ardennes attire l’attention du Petit Comtois lors du rendu du jugement. Et l’on constate, avec trois condamnations à mort (l’une par contumace), la gravité de l’affaire. Si les rédacteurs furent allemands (alsaciens pour Prévost et Thomas), il y eut des collaborateurs français. Leur condamnation releva de « l’intelligence avec l’ennemi ». En se référant à d’autres sources, on découvre d’autres condamnés, jusqu’à onze à la peine capitale.

Les éditions de la Gazette des Ardennes sont presque toutes accessibles en ligne sur Gallica Bnf.

Ce journal de propagande est reconnu comme un modèle du genre, capable d’introduire le trouble dans les consciences, de faire naître un doute au sujet des responsabilités de la guerre. Les bureaux de la Gazette étaient à Charleville. Devenu bien vite quotidien, le journal tira à 5000 exemplaires en décembre 1914 et jusqu’à 180 000 en avril 1918. Il était destiné à toutes les régions francophones envahies.

Un ouvrage de Gustave Le Rouge et Louis Chassereau relate ce que fut ce journal et l’action judiciaire à son encontre : sur Gallica

En dehors des bulletins officiels allemands et français, puis anglais, sur la situation de guerre, la tribune de la une donnait une analyse partisane, pacifiste, mais sans propagande grossière, ce qui lui donnait une redoutable efficacité.
On trouvait à l’intérieur des informations diverses à côté d’articles sur la mode, de dessins caricaturaux. Certaines ne faisaient que valoriser l’œuvre pacifique des Allemands, comme par exemple celle des médecins allemands en zone occupée.
Les chroniques locales oublient volontairement tout ce qui a trait à la dureté de l’occupation.
De longues listes de prisonniers français et des camps où ils étaient retenus, comme des conseils pour l’acheminement du courrier vers ces lieux de détention trouvaient assurément leur lectorat. La reproduction de lettres de prisonniers français  sonne faux tant celles-ci ne font rien comprendre aux dures conditions de la captivité. Les articles consacrés à l’Angleterre la dénigrent systématiquement ; la volonté d’enfoncer un coin entre les alliés est évidente.

Les accusés lors du procès de la Gazette des Ardennes
photo 30 septembre 1919, agence Meurisse

France 3 Grand Est a réalisé un reportage sur ce journal

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