Antiparlementarisme

Divers Eclairs Comtois de septembre et le Rire du 27 septembre 1919.

La guerre, avec l’Union Sacrée, modéra les critiques à l’égard des parlementaires dans leur ensemble. Mais celle-ci à peine terminée, l’antiparlementarisme reprit. Il existait avant 1914 et les scandales politico-financiers de la IIIe République avaient contribué à l’entretenir et à l’amplifier. En 1919, les journaux d’opposition au régime, à Besançon l’Eclair Comtois, distillaient presque tous les jours leur venin contre la représentation nationale.

Au niveau de la presse parisienne et nationale, ce thème est parfois mis à l’encan. Le Rire du 27 septembre 1919 y est totalement dédié et l’on peut en commenter quelques dessins.

Le dessin ci-dessus, fait dire à un vieil huissier sournois toute l’incompétence des députés à un nouvel élu qui s’illusionnerait sur leur sagesse ou la sienne propre.

Celui ci-contre revient sur un thème favori des antiparlementaires : les malversations, la corruption, la gabegie. L’épouse de l’heureux élu qui pavoise au balcon lui demande où il trouvera l’argent pour tout ce qu’il a promis à ses électeurs et lui, de répondre, dans leurs poches.

S’appuyant sur les bas-reliefs qui décorent la tribune de l’Assemblée Nationale avec les allégories à l’antique de l’Histoire et de la Renommée, le dessinateur fait dire à la première : Ah si je gravais sur le marbre les sottises que j’entends – et à la deuxième : et moi… si je claironnais ce que je sais. Ils ont de la veine que ma trompette soit bouchée. Autant la première n’apparaît-elle que comme une pâle moquerie, autant la seconde sous-entend la malhonnêteté des parlementaires.

L’Eclair Comtois manifestait son antiparlementarisme dès sa naissance en 1903.
Il était d’autant plus virulent que le Parlement avait une majorité de radicaux anticléricaux, lui qui défendait le cléricalisme et était considéré comme le journal de l’archevêché de Besançon.

Il n’est donc pas surprenant de retrouver dans ses pages une solide opposition aux élus de ce bord, vite étendue au Parlement tout entier. Les élections législatives de novembre 1919 lui donnent l’occasion d’affirmer son antiparlementarisme avec l’espoir d’écarter de l’Assemblée Nationale les radicaux-socialistes et de pousser le Bloc national au pouvoir, espérant ensuite un gouvernement qui corrigerait la constitution dans un sens autoritaire et clérical, en réduisant le rôle des Assemblées. Pour cela, l’Eclair Comtois ne cesse de manifester son antiparlementarisme. Il ne se passe guère de jours où il ne le montre.

Le 10 septembre, ce journal sous-entend que tous les députés se sont placés au-dessus des lois en étant exemptés du service militaire. Mais la plupart de ceux qui étaient mobilisables ont été mobilisés. Et la généralisation faite par le rédacteur est malsaine.

Deux jours après, l’édition du  12 septembre reprend ses agressions contre le Palais Bourbon, la Chambre des députés en écrivant qu’on y est « chez les fous » en ce qui concerne le débat sur le mode de scrutin des prochaines élections législatives. Cela pourrait paraître une simple critique humoristique, s’il n’y avait pas une volonté de dénigrer l’ensemble de la représentation nationale et par là même les institutions de la République.

Multiplier les exemples n’apporterait rien de plus et l’on se contentera d’un paragraphe de l’édition du 20 septembre. Le rédacteur insiste d’abord sur l’indécision des parlementaires, puis il formule une attaque plus ciblée contre les radicaux que le journal a pris l’habitude depuis quelques mois de nommer les « périmés » et il ajoute alors, les « roublards ».
L’édition du 23 octobre est un florilège d’antiparlementarisme où il n’est question que de députés traîtres et embusqués.

La démocratie permet de rire des élus, de les critiquer. C’est de bonne guerre et cela peut être parfois constructif de la part d’une opposition de propositions ; mais ne voir leur action que sous les angles de la dérision et de la méfiance conduit l’électeur à pencher vers l’antiparlementarisme.  Insidieusement, cela pénètre les esprits. L’antiparlementarisme ne fera que s’amplifier dans l‘entre-deux-guerres jusqu’à menacer la République le 6 février 1934.

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