« La vie chère » (2e partie)

Diverses éditions du Petit Comtois de septembre et octobre 1919

Le précédent article traitait des « leçons d’économie » du Petit Comtois face à la « vie chère ». Celui-ci continua la présentation de ces « leçons » ainsi faites par Jules Durand auquel le journal réserva sa une pour 8 éditions.

De plus, comme nous avons vu le député Girod intervenir sur le sujet, Marc Réville, lui aussi député du Doubs, utilisa la tribune du journal du 22 septembre pour faire connaître son opinion. Les prix élevés de l’alimentation devait paraître préoccuper les élus s’ils ne voulaient pas se couper de leurs électeurs qui en pâtissaient.

Il dit se méfier des « prix normaux » (c’est-à-dire des prix indiqués par les autorités, donc bloqués à un certain niveau, mais qui n’avaient pas un caractère obligatoire car il n’y avait pas de taxation); institués depuis peu, ils sont sensés protéger le consommateur des excès de la hausse des prix. En fait, en bon adepte de la loi de l’offre et de la demande, il est persuadé que la hausse des prix cessera le jour où l’offre de marchandises sera abondante. Il rejoint parfaitement l’avis de Jules Durant vu précédemment. Soutenant la position du ministre de la reconstruction industrielle, Louis Loucheur, qui entonnait un hymne à la production, il critique les grévistes qui ralentissent la reprise et déplore les problèmes de transport, surtout ferroviaires, créant des goulots d’étranglement, des blocages et des pertes de denrées. Il met sa confiance dans un sursaut national.

On n’est pas loin de ce que l’on verra clairement en 1945, quand toutes les forces politiques, y compris les communistes renonçant à la révolution pour la reconstruction, appelleront à la « bataille pour la production ». Ces quelques lignes en témoignent →

A propos des prix normaux, les commissions départementales qui se réunissaient chaque mois en préfecture pour les fixer, n’aboutissaient souvent qu’à constater leur impuissance et laissaient ces prix varier selon les conditions locales du marché. C’est ce que l’on constate en comparant ces prix normaux et ceux qui sont pratiqués au marché de Besançon et notés dans le journal. Ainsi, le 29 septembre, la douzaine d’œufs se trouvait à 6 f au détail alors que le prix normal aurait dû être 4.75 F.

  • Dans le Petit Comtois du 28 septembre 1919, la 7e leçon de Julien Durant concerne  la hausse des salaires et la journée de 8 heures
    Le rédacteur estime que la hausse des salaires a été nécessaire au vu de la forte hausse des prix, mais il démontre que la solution à la vie chère ne se limite pas à cela.
    Il en revient à la nécessité de produire plus.

En ce qui concerne la réduction du temps de travail (la loi a intégré le principe de la journée de 8 heures en avril – avec une semaine de 48 h), il convient de ses effets bénéfiques, mais il attend des compléments pour occuper sainement les temps de loisirs ainsi obtenus.

Cette longue série d’articles se termine le 5 octobre avec des conclusions dont la première rappelle la faiblesse des productions dans des termes bien choisis. Les faits lui donnent raison : en octobre, le manque de charbon conduisit la préfecture du Doubs à décider d’une réduction de consommation de gaz et d’électricité de 30%.
L’auteur a l’intelligence de ne pas en rester au désastre matériel, humain et territorial de la guerre, mais d’y ajouter les effets psychologiques et comportementaux qui en découlent.

Il poursuit en répétant que toutes les mesures immédiates, taxations, réquisitions, prix normaux, pénalités, baraques Vilgrain… ne sont que des palliatifs. Aussi, il écrit à nouveau l’urgence d’assainir la monnaie, de redresser les transports, de doser protectionnisme et libre-échange en fonction des intérêts nationaux.

Il ne cache pas à ses lecteurs que le coût de la vie ne diminuera que lentement au fur et à mesure des progrès réalisés dans les domaines cités.

Appelant à l’effort de tous, il insiste sur celui des plus riches, leur recommandant d’intéresser l’ouvrier à la prospérité de l’entreprise, en l’associant même peu à peu à sa direction.

Ainsi se terminent ces leçons d’économie et de recommandations pour remédier à la « vie chère ». Pour le journal local, c’est un peu un programme politique, celui du parti radical, libéral, modéré et soucieux de compromis entre possédants et employés. C’est, en tous cas,celui d’un de ses candidats pour le Doubs, Jules Durant.
La Dépêche Républicaine de Franche-Comté prit soin, elle aussi, de conforter les savoirs de ses lecteurs en matière d’économie : son édition du 24 septembre fournissait un certain nombre de définitions en rapport avec les principaux problèmes du moment.

Source : Gallica Bnf

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