Violence et accidents dans l’après-guerre (1)

Diverses éditions locales de Septembre 1919

Il peut paraître ordinaire d’écrire sur les actes de violence et accidents de toute sorte dans la presse locale. Celle-ci, en effet, consacre toujours une part de ses lignes à ces faits divers attendus des lecteurs. Mais quand on constate combien cette violence du quotidien perdure et s’amplifie après-guerre, il est bon de la décrire et de l’expliquer.

                Les éditions locales de 1919 – à Besançon, mais il n’y a guère à douter qu’il en fut de même ailleurs – restituent nombre de faits divers dans lesquels il est fait usage d’armes à feu, mais aussi d’accidents d’explosifs et de circulation. Il ne s’agit pas de croire que  la violence dans l’après-guerre n’est que l’héritière du conflit. Nous avons vu que la soi-disant « Belle Epoque » était aussi l’époque d’une société violente. Il y a donc antériorité aux effets de la tuerie de masse.

Nous ne parlerons pas ici de la violence de la société au travail.

Ces faits de violence, en 1919, ont alors des causes multiples, mais certaines sont bien imputables à la guerre pourtant achevée.

Et d’abord, les accidents par manipulation d’explosifs. Ils étaient évidemment particulièrement rares avant le conflit

Ils concernent des imprudences avec les engins et dépôts abandonnés par l’armée ou ramenés par des soldats démobilisés ou non. Evidemment, en Franche-Comté, on les signale surtout dans le Territoire de Belfort en raison de la proximité avec l’ancienne ligne de front où subsistaient des grenades ou des obus dans des dépôts sauvages ou non. D’ailleurs, la fréquence des incidents était telle que des consignes précises étaient communiquées par voie de presse comme dans l’édition de la Dépêche Républicaine du 27 septembre, dans la rubrique de Belfort.

Entre le 13 et le 19 septembre, les trois journaux de Besançon signalent cinq accidents dont trois mortels. Ceux de Suarce, Vauthiermont, Pérouse et Rougemont-le-Château se sont passé dans le Territoire de Belfort. Le cinquième près de Besançon, à Dannemarie.

Souvent, ils impliquent des enfants ou des adolescents, leur curiosité et leur méconnaissance des risques les exposent plus que les adultes. Pour Suarce, l’armée est en cause puisqu’il s’agit de l’explosion d’un dépôt de cheddite qui affecte tout un village, endommageant trois maisons et les vitres de tous les bâtiments.

A Montbéliard, durant le même laps de temps défini plus haut, le 16 septembre, l’usage d’un explosif n’est pas accidentel, mais criminel. Il n’eut pas de conséquences dramatiques, mais il prouve, si nécessaire, la circulation d’armes et d’explosifs depuis le temps de guerre.

La prolifération des armes conservées ou récupérées après la guerre  est donc une autre explication des nombreux entrefilets ou articles qui relatent l’usage d’une arme à feu. C’est parfois un jeu qui tourne au drame comme à Belfort le lundi 29 septembre ou l’usage sans hésitation de leur arme par des tenants des forces de l’ordre ou des actes meurtriers.

Toutes ces sortes de faits remplissent l’actualité d’alors. C’est parfois sans conséquence, mais on peut voir que les militaires y sont souvent impliqués, eux qui ont un accès assez facile à ces armes.

La « vie chère » qui pousse certains à améliorer malhonnêtement leur ordinaire est une autre explication et peut-être la principale car elle pousse parfois à la délinquance des individus pauvres.
L’alcoolisme est un facteur aggravant. Chez les soldats, l’alcool faisait partie du quotidien (la ration était de un litre de vin par jour en 1918). Après guerre, nombre de faits divers se déroulent sur fond d’alcoolisation.

Quant aux forces de l’ordre, elles ont la gâchette facile.
Dans l’exemple ci-contre, un garde sémaphore (chargé de réguler l’intervalle entre les trains) n’hésite pas à tirer sur deux individus qui avaient caillassé les vitres de sa guérite.

A la caserne Ruty de Besançon, une sentinelle tire aussi sur des voleurs de magnétos d’allumage d’automobiles. Elle tue un des voleurs – un militaire, Marcel Monnier, qui venait d’être démobilisé – Il est remarquable de lire le point de vue du rédacteur qui rend compte de l’événement dans l’Eclair Comtois du 10 septembre :

Le soldat tué avait été démobilisé deux jours avant. Sa fiche matricule nous révèle une contravention et une condamnation avant guerre pour coups et blessures. Ouvrier d’usine, de la classe 1914, il fut mobilisé dès le début du conflit et fait prisonnier au début de 1915 dans la région de Soissons où le 60e régiment d’infanterie auquel il appartenait était alors soumis à de fortes pertes. Rapatrié en décembre 1918, il fut intégré à la 7e section de COA à Besançon. C’est là qu’avec d’autres, il partagea vraisemblablement l’idée de ce vol qui lui fut fatal.

Pour terminer, signalons encore un double assassinat, le 27 septembre, lors d’une noce avortée dans un village de Haute-Saône. Si l’arme utilisée était un fusil de chasse, des jeunes affirmèrent avoir vu le suspect avec un revolver ; vraisemblablement, encore une arme récupérée à la suite de la guerre.
Pour rechercher le tireur en fuite, deux compagnies  de tirailleurs marocains et un escadron de chasseurs à cheval basés à Gray procédèrent vainement à une battue les jours suivants.

Et si l’on fait quelques sondages dans les journaux des deux années suivantes, le même genre de faits violents apparaît comme la nuit du dimanche-lundi 11-12 septembre 1921, encore à Besançon. On y lit que le quartier des Chaprais vient à nouveau d’être ensanglanté par un drame et il s’agit de coups de revolver. À nouveau laisse entendre la répétition de ces faits.

Un billet à venir présentera les accidents de circulation, déjà fort nombreux à cette époque.

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