Quand le Petit Comtois appelle à « la scission socialiste »

Petit Comtois du 30/08 et du 01/09/1919

Seize mois avant le Congrès de Tours (décembre 1920) qui entérina la division du parti socialiste SFIO, la rédaction du Petit Comtois de Besançon témoignait de sa hâte pour cette scission, tant les dissensions internes au parti devenaient délétères.

Et puis, pour les radicaux-socialistes (soutenus par ce journal), il devenait impossible de prévoir des alliances électorales avec la SFIO si elle s’entêtait à ne pas clarifier sa position vis-à-vis des tenants du socialisme révolutionnaire, inspirés alors par le bolchevisme. La IIIe Internationale communiste (Komintern) venait d’être créée (mars 1919) et invitait les partis frères à la rallier, ce qui équivalait à soutenir les Bolcheviques en se soumettant à leurs directives.

 Ces données préparatoires aux élections sont alors fondamentales et le resteront jusqu’au moment des élections législatives de novembre – la date du 16 novembre ne sera décidée qu’à la mi-octobre –.  Alors, la SFIO restée unifiée et ne prônant aucun accord avec d’autres forces de gauche comme celle des radicaux-socialistes, ces derniers se trouveront isolés et leur score en recul.
Le vote pour des listes, mêlant scrutin majoritaire et proportionnel ne favorisa pas les listes sans alliance, celles qui ne purent passer des accords comme ce fut souvent le cas des radicaux.

Selon le journal, en Franche-Comté, les partisans de la tendance révolutionnaire ne représentaient pas une force remarquable. En fait, la plupart des socialistes comtois étaient issus du syndicalisme et n’aspiraient pas à une révolution. Mais si cela était assez net à Besançon, l’on ne peut pas en dire autant dans les bastions ouvriers du nord franc-comtois où les usines Peugeot ou Japy employaient beaucoup d’ouvriers.

Localement, dans le département du Doubs, quels hommes incarnaient ce socialisme tiraillé entre révolutionnaires et réformateurs (parfois appelés reconstructeurs) ?
On peut en évoquer quelques-uns à travers les candidatures aux législatives de 1919 et avec l’aide du Maitron.

Auguste Jouchoux, horloger syndicaliste, acteur du mouvement coopératif, fut candidat aux élections de novembre –  il eut plus de 10 000 voix, et ce sont les ouvriers du pays de Montbéliard qui lui en fournirent le plus grand nombre –  Il pouvait incarner la tendance révolutionnaire de la SFIO ; mais s’il adhéra au Parti Communiste en décembre 1920, il le quitta dès 1922. En fait, très impliqué dans la vie publique bisontine, Jouchoux n’avait rien d’un communiste.
Il a été question de Jouchoux dans ce blog à propos de son action au sein de la municipalité de Besançon et du Syndicat d’Initiative en 1916.

Eugène Hintzy , ouvrier syndicaliste chez Peugeot fut renvoyé de l’usine en 1919 pour son action syndicale. Ses positions le ramenèrent à la SFIO, mais en 1919, comme tant d’autres socialistes, il était hésitant.

Les résultats socialistes de ces élections de 1919 concernent aussi un nommé Bassenne, cultivateur, il était candidat mais le Maitron n’en dit rien de plus. De même, Ducatillon fut un autre candidat SFIO en 1919.

Séraphin Telmat, syndicaliste en Isère,  travailla aux usines Peugeot en 1917 puis devint commerçant. Il n’était pas partisan d’un socialisme révolutionnaire.

Fernand Monnier, même s’il eut des divergences définitives avec le parti communiste en 1929, penchait alors pour le ralliement à la IIIe Internationale et il fut membre du parti communiste à sa naissance en 1920. Il occupa le poste de secrétaire de la CGTU du Doubs en 1924.
Léon Romeis, instituteur, fut le plus fidèle à la SFIO (Léon Blum la nomma « la vieille maison »). Il se montra partisan d’une alliance avec les radicaux, mais pas avant les législatives de 1924.

On le voit avec ces exemples, Besançon et le département du Doubs n’étaient pas un bastion de la tendance socialiste révolutionnaire. Toutefois, au nord de la Comté, Louis Frossart, de Belfort, occupait déjà des fonctions nationales et revendiquait l’adhésion à la IIIe Internationale. Il sera le premier à occuper la direction du nouveau parti communiste en 1921.

On peut ajouter deux hommes alors trop jeunes pour jouer un rôle, mais déjà engagés du côté socialiste :

  • Jean Minjoz avait peut-être déjà sa carte de la SFIO (on n’en est sûr que pour 1921), mais le Maitron le suggère. Son père, Louis Minjoz, a fait l’objet d’un article à l’occasion de sa mort en 1916.
  • Raymond Maisonneuve (1899-1965) est présenté aussi comme anticommuniste dans le Maitron. Ce syndicaliste de la CGT, déclaré employé de commerce sur sa fiche matricule militaire, s’était engagé en janvier 1918 (le Maitron fait erreur en notant 1916). Il servit dans l’artillerie et devint brigadier. Démobilisé en octobre 1919, c’est seulement à partir de là qu’il joua un rôle syndical et politique. Il était proche de Jean Minjoz.

Le 1er septembre, la rédaction du journal revient sur ce sujet. Trop heureux de voir quelques socialistes rompre avec la tendance révolutionnaire, les radicaux s’empressent de le faire savoir. Il est vrai qu’ils ont là deux exemples frappants de membres de la SFIO qui ont tout pour leur plaire et qui démissionnent de leur parti en raison de la place qu’y prennent les révolutionnaires prêts à suivre la voie des « bolchevistes » russes – dans la presse de l’époque, les bolcheviques sont souvent nommé bolchevistes –

M. Claude Nectoux, député socialiste depuis 1909 (et qui sera encore élu en novembre 1919, mais sur la liste du Bloc National) avait soutenu la défense nationale durant tout le conflit. Ses positions lui valurent l’exclusion des listes socialistes pour novembre 1919.

Et Jean Erlich démissionnaire également à la suite de ce qu’il avait vu et appris en Russie en 1917-18 lorsqu’il était membre de la mission militaire française, parlait le russe, et comprit ce que représentaient comme excès les Bolcheviques. Il agit alors pour dénoncer leurs choix et leurs actions.

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