L’approche des élections réactive les affrontements cléricaux/anticléricaux

Plusieurs éditions du Petit Comtois et de l’Éclair Comtois de fin juillet et août 1919

Voilà l’occasion de revenir à un des fondamentaux de ces deux journaux, l’affrontement clérical/anticlérical. Une lettre du 22 juillet, écrite par l’archevêque de Besançon, Mgr Louis Humbrecht, déclenche contre- attaques et répliques entre les  deux camps cet été 1919 – Joseph-Marie Humbrecht avait été nommé après le décès de Mgr. Gauthey en juillet 1918 –.

L’archevêque est le premier à prendre des positions extrêmes à propos des élections à venir, lançant alors une polémique durable dans la presse anticléricale locale et nationale puisqu’elle s’étale sur près de trois semaines en août – Début septembre, la lettre du primat des Gaules sur le même sujet des élections, l’archevêque de Lyon Mgr Maurin, trouva un peu plus d’indulgence à la rédaction du Petit Comtois
On trouve l’intégralité de la lettre épiscopale bisontine dans l’édition de l’Éclair Comtois du 29 juillet 1919.

On peut la résumer ainsi : après un sous-entendu dépréciant le suffrage universel, le pontife notifie aux catholiques de son diocèse de ne pas scinder leur condition de citoyen de celle de croyant.

Certes, il appelle à ne pas s’abstenir, mais c’est pour désigner plus clairement ceux qui ne doivent pas recevoir le suffrage catholique, les francs-maçons et libres penseurs, ceux-ci ne poursuivant qu’un but selon lui, la destruction du christianisme voire même de la patrie.

Sont exclus également les « laïcistes », et les socialistes, en particulier les révolutionnaires dont l’athéisme virulent effraie les cléricaux et leur chef local, l’archevêque

S’adressant à « N.T.C.F »( nos très chers frères), il signe de son troisième prénom, Louis.

Déjà, les 10  et 12 juillet, le rédacteur en chef de l’Éclair Comtois, Louis Hosotte, avait donné sa définition de l’union sacrée et celle du devoir électoral des catholiques. Et le 19 juillet, le même journal a publié un article de Jean Guiraud,  – un des fondateurs de l’Eclair Comtois, devenu alors directeur de la Croix –  recommandant aux catholiques une attitude combative pour les élections à venir.

Clairement, les cléricaux voient dans les législatives de 1919, l’occasion d’abattre les républicains anticléricaux qui leur tiennent la dragée haute depuis des décennies et à qui ils n’ont pas pardonné les lois contre les congrégations, en 1901, comme celle de la séparation de l’Église et de l’État en 1905.

Alors, après parution et lecture dans les églises de la lettre de l’archevêché, les répliques ne manquent pas et le Petit Comtois, le journal anticlérical de Besançon, ne se contente pas de sa propre réaction, il reprend avec délectation celles de plusieurs journaux anticléricaux. Les propos de l’archevêque sont tellement excessifs et diviseurs qu’ils ont atteints d’autres lieux que comtois. Néanmoins, certaines réponses ne manquent pas de maladresse alors qu’il était si simple de souligner tout ce qui était malvenu dans la lettre épiscopale. La hargne des uns et des autres les pousse à révéler jusqu’où ils sont prêts à aller.

Le 3 août, la rédaction du Petit Comtois réagit en présentant le contenu de la lettre qui  a été lue dans les églises du diocèse et en soulignant ce qui lui paraît inacceptable. Elle n’hésite pas à qualifier les propos de Mgr Humbrecht d’intransigeants et même fanatiques.

Ce n’est même pas sur l’antimaçonnisme qu’insiste le Petit Comtois – on sait pourtant ce journal proche des francs-maçons – mais bien sur une phrase facilement condamnable de l’archevêque : nous serons acculés, chez nous, à une lutte religieuse et antifrançaise

Le Petit Comtois du 15 août 1919, reprenant un article du Radical,  trouve ainsi une réponse cinglante. Ce journal qualifie la lettre de l’archevêque d’outrance de langage qui frise l’inconscience, le mensonge grossier, mais le Petit Comtois aurait gagné à ne pas reproduire les dernières lignes du Radical.

Elles sont tellement opposées au vote des femmes, que bien des suffragettes devaient s’en offusquer. En effet, comme la plupart des anticléricaux, le rédacteur pensait que les femmes catholiques, très influencées par leur curé et confesseur auraient appliqué à la lettre les recommandations transmises par l’archevêché. Le Petit Comtois se  ridiculise dans son anticléricalisme qui rejoint alors son antiféminisme.

L’édition du 16 août donne une autre revue de presse anticléricale, citant des journaux comme la Lanterne et le Rappel. Ce dernier estime que l’archevêque de Besançon a le goupillon sévère.

Il enchaîne en condamnant les écrits de l’Action Française et de la Libre Parole – ce dernier véritable journal catholique après la disparition d’Edouard Drumont qui avait créé cet organe antisémite a pris parti, évidemment, pour l’archevêque de Besançon– par la plume du député radical Jacques du Mesnil. Celui-ci manie l’ironie et la métaphore et s’élève avec une sincérité patriote contre les propos diviseurs de l’archevêque.

Le 19 août, une dernière fois, le Petit Comtois se réfère à la Lanterne, notoirement anticléricale, pour tourner en dérision le contenu de la lettre de l’archevêque de Besançon avec l’intervention de Georges Ponsot, député du Jura, bon connaisseur de la ville de Besançon. Dans l’extrait ci-contre, ce député s’en prend à l’antisocialisme du prélat. Les autres citations du journal puisent dans le progrès de la Côte d’Or et la Dépêche de Toulouse. Elles s’emploient à montrer l’injustice de l’argumentation de l’archevêque pour qui il n’y aurait de bons français que catholiques.

A Besançon, la guerre et l’union sacrée n’ont jamais mis un terme au cléricalisme et à l’anticléricalisme de la presse locale ; l’après-guerre apporte une recrudescence dans cet affrontement. L’archevêque de Besançon est le premier à dégainer en faisant des recommandations à ses ouailles pour les élections législatives à venir

L’Éclair Comtois du 15 au 25 août ne réagit pas du tout à ces attaques frontales de la lettre de Mgr Humbrecht. La rédaction avait-elle reçu l’instruction de l’archevêché de ne pas envenimer un combat perdu d’avance ? Ou a-t-elle d’elle-même décidé de se taire ? Louis Hosotte eut bien l’idée d’allumer un contre-feu le 22 août en s’en prenant à une mesure préfectorale de Haute-Saône contre les initiatives cléricales de plaques commémoratives dans les églises en souvenir des soldats morts pour la France. Cela n’amena pas de réponse du Petit Comtois. On ne trouve une évocation à ces réactions de la presse anticléricale et cléricale que dans l’Éclair Comtois du 2 septembre, mais c’est surtout pour déplorer le silence de la Dépêche Républicaine de Besançon. Modérée, elle se garda de prendre position pour ne pas fâcher ses lecteurs catholiques. ↓

Depuis la naissance de ce blog, plusieurs articles ont été rédigés sur ce sujet. Il est vrai que l’une des caractéristiques principales des deux journaux dont il est ici question était soit le cléricalisme et l’antimaçonnisme (Eclair Comtois) soit l’anticléricalisme (Petit Comtois). Et la guerre, malgré l’Union sacrée, ne limita jamais leur affrontement.
Lire :

1er décembre 1918, les journaux de Besançon vus par l’un d’entre eux, l’Eclair Comtois :

1er juillet 1918 : l’Éclair Comtois mouche le Petit Comtois

Mars 1918 : l’Union sacrée plus difficile à maintenir

juillet 1917 : nouvelle joute entre deux journaux de Besançon

Eté 1916 : la presse locale continue à en découdre

Quand ferraillent l’Eclair Comtois et le Petit Comtois (1) en 1915

Quand-ferraillent l’EclairComtois et le Petit Comtois (2)

11 août 1915 : anticléricaux et cléricaux ne désarment pas

2 et 3 janvier 1915 : la guerre, prétexte pour attaquer la laïcité et l’anticléricalisme

27/12/1913 : Noël et anticléricalisme du Petit Comtois

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6485687x/f7.item
Franklin-Bouillon était député radical-socialiste

2 commentaires sur “L’approche des élections réactive les affrontements cléricaux/anticléricaux

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