Le 14 juillet 1919, grandiose à Paris, modeste à Besançon

Quand Paris éclipse la province… qui s’en attriste

Dans toute la France et particulièrement à Paris, ce 14 juillet 1919 fut une commémoration de la Victoire et pas seulement la fête de la nation comme en avait décidé l’État républicain depuis 1880. Elle fut la Fête du triomphe, de la Revanche et de la patrie reconstituée, écrivit la rédaction du Petit Comtois du 14 juillet.

À Paris, la manifestation fut grandiose, triomphale, en présence  du Président du Conseil Georges Clemenceau et du Président de la République Raymond Poincaré, du maréchal Douglas Haig et de délégations de nombreux pays alliés, des généraux de toutes les unités. Les drapeaux de tous les Régiments défilèrent.

 En province, la journée bénéficia aussi d’un fort investissement des autorités et des militaires, mais la modestie des moyens fit dire au Petit Comtois : « donc le 14 juillet a été fêté à Besançon sans fracas sans doute, mais avec beaucoup de bonne volonté et d’empressement ».
Le programme prévoyait, de 8h 30 à 21 h et au-delà, défilés, revues, hommage aux morts et aux blessés, fête de gymnastique des écoles et défilé d’embarcations décorées du Sport Nautique Bisontin , concert par la musique du 60e Régiment d’Infanterie, illuminations, feu d’artifice et bals populaires place de la Révolution et place Saint-Pierre pour clore la journée.

Le défilé fut presque humble. Cette remarque du rédacteur, faite en comparaison du défilé parisien, ne l’est pas par jalousie, mais plutôt par dépit de n’avoir pu mieux honorer les soldats morts. Devant l’ampleur de la célébration parisienne, le provincial qu’est le Petit Comtois s’incline et fait part tout à la fois de sa fierté, de sa gratitude, mais aussi de son amertume pour n’avoir pu bénéficier de la présence des chefs et des drapeaux des Régiments de la garnison. On ressent pleinement l’ambiguïté du propos : l’admiration vis-à-vis de ce que peut faire Paris, (et les Français de province s’en enorgueillissent aussi) et l’embarras de disparaître presque derrière cette grandiose vitrine qu’est la capitale. On rencontre ainsi ce complexe d’infériorité de la province à l’égard de Paris et le ton utilisé dans l’ensemble du compte-rendu de ce 14 juillet bisontin est presque plaintif. On lit, à propos du défilé : sur la piste, une seule tribune, exiguë et pauvre.

Cette lamentation réapparaît lorsque le rédacteur parle des décorations accordées à des blessés et mutilés. Il insiste sur la simplicité de ces hommes, sans apparat, sans brillant uniforme. Comme si la province se résumait à la modestie, au sacrifice obscur et que Paris absorbait toute la lumière, toute la vanité d’un clinquant défilé.

L’antiparisianisme de province transparaît dans le compte-rendu de ce 14 juillet fait par le Petit Comtois, même s’il est nuancé. On l’avait plutôt remarqué jusqu’alors dirigé contre  la grande presse parisienne, aussi bien en 1915 qu’en 1919.
L’Eclair Comtois et la Dépêche Républicaine ne se livrèrent pas à cette comparaison geignarde et décrivirent une fête nationale joyeuse, avec entrain et enthousiasme.

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