Des soldats français tués à Fiume le 6 juillet 1919

Petit Comtois du 10 juillet 1919


Qui se souvient de ces hommes ?
. Arsène Dupuis, 21 ans, originaire d’Amiens, soldat à la 20e Section de secrétaires d’état-major.
. Louis Louis, dit Ménanteau Ferdinand, 24 ans, de Paris, soldat au 1er Régiment d’Infanterie coloniale, tout comme Penuizic Jean-François, 27 ans, originaire du Morbihan.
. Nguyen Hop, 40 ans, caporal au 1er bataillon indochinois, pouvait avoir sous ses ordres ces trois autres Tonkinois : Nguyen Dinh Luong, 24 ans, Nguyen Dinh Thuc, 33 ans, Tran Huy Ngu, 38 ans.
. Vigne Fernand, 23 ans,  originaire d’Ardèche, était soldat à la 15e Section de COA.

Ces huit soldats furent tués par des Italiens au poste de Port Barros, lors d’une émeute à Fiume, le 6 juillet 1919. Mémoire Des Hommes donne ces 8 noms, la presse de l’époque chiffre à 9, les soldats français morts dans cette affaire.

L’Éclair Comtois annonce 9 soldats français tués et donne des détails sur les faits. Le Petit Comtois, plus sommaire dans la restitution des événements, fournit une analyse qui résume tout à fait  l’article d’Alain Marzona dans  la Revue Historique des Armées de 2009 sur les incidents franco-italiens de Fiume ou l’expression des frustrations italiennes (novembre 1918-juillet 1919).
Rijeka, Fiume pour les italiens, concentre les tensions entre alliés depuis la fin 1918. Les accords de Londres du 26 avril 1915, pris pour favoriser l’entrée en guerre de l’Italie, ne prévoyaient pas que cette ville portuaire fasse partie des acquis de l’Italie après guerre. Elle devait revenir aux Croates, même s’il n’était pas encore question d’un royaume des Serbes, Croates et Slovènes.

Or, une bonne partie de la population de la ville était de culture italienne (près de 40 %) et les nationalistes, profitant de l’activisme d’anciens arditi (troupes de choc de l’armée italienne) poussèrent leur avantage en revendiquant Fiume et ne rencontrèrent aucun frein de la part des gouvernements Orlando puis Nitti ; au contraire, Orlando avait trouvé là un moyen de faire pression sur les négociateurs des Traités, Français, Anglais et Américains. Si Orlando finit par se rallier, la question de Fiume-Rijeka demeurait.
Gabriele d’Annunzio envenima la situation. Pourtant, le journal (voir-ci-contre) souligne justement que les non-Italiens étaient majoritaires. Il n’empêche, pour beaucoup d’Italiens, c’était la vittoria mutilata, une victoire non accompagnée des compensations territoriales escomptées.
Un contingent français était sur place car le commandement de l’Armée d’Orient avait choisi le port de Fiume pour en faire une base.

Dans ce contexte de tensions, des émeutes attisées par les nationalistes les plus virulents commencèrent dès le 2 juillet. Elles finirent par l’attaque du poste de Port Barros, préposé à la garde d’un magasin de la base française dans ce quartier portuaire. S’il n’y eut pas de morts italiens, les Français relevèrent neuf des leurs, tués, et onze blessés. Il est vrai que des marins italiens du navire Dante, bien équipés, intervinrent.

Le Petit Comtois témoigna d’une position toute diplomatique en invitant Italiens et Français à cesser toute provocation pour maintenir l’alliance des deux peuples. Mais la rédaction entendait que le droit soit respecté, autrement dit celui défini par les traités. Aussi, pour le journal, Fiume ne pouvait pas devenir italien.
Mais le coup de force réalisé en septembre par d’Annunzio devait faire durer la question de Fiume encore quelques années.

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