Attiser les tensions sociales…

Bien que son auteur s’en défende, c’était le résultat de ce genre d’article paru dans l’Éclair Comtois du 10 juin 1919,

Pendant le conflit, après la bataille de la Marne, les populations paysannes comprirent qu’elles étaient plus sollicitées pour aller au front que les ouvriers d’usine. Les journalistes et les observateurs de l’époque, les historiens par la suite, confirmèrent ce qui était ressenti par les concernés. Les explications n’échappaient à personne. Il fallait bien faire tourner les usines de guerre par des professionnels pour approvisionner une armée demandeuse de fusils, de canons, d’obus, puis de chars et de tout ce qui est matériellement nécessaire pour mener une guerre industrielle.

Dans cette tribune, le rédacteur en chef de l’Éclair Comtois reprend un constat du procureur de la République de Montbéliard : le ressentiment entre paysans et ouvriers perdure en 1919, au point d’attribuer aux premiers la pratique de prix illicites sur les produits alimentaires de première nécessité afin de se venger des privilèges dont auraient bénéficié les seconds. Le sentiment d’injustice des paysans aurait été si fort qu’il les aurait poussés à ces pratiques répréhensibles. Et le procureur d’appeler à la raison et à la concorde interclasses dans ce Pays de Montbéliard où se mêlent un monde ouvrier de la grande industrie à celui de la paysannerie traditionnelle

Mais Louis Hosotte, le rédacteur en chef de l’Éclair Comtois, ne pense pas que cette division ait pour seule origine les avantages dont les ouvriers auraient profité durant le conflit. Il y voit aussi le rejet, par les paysans et d’autres travailleurs,  de ceux qui font grève – elles sont alors fort nombreuses –, et gênent la production, de ceux qui agitent la révolution comme solution aux problèmes du pays et qui se revendiquent de la classe ouvrière.

Et il argumente contre la CGT et le parti socialiste (SFIO) qui auraient mis à profit le besoin de spécialistes pour mettre à l’abri leurs membres pendant la guerre, c’est-à-dire leurs adhérents et soutiens, les faisant profiter d’un véritable « embusquage ». Et il s’en prend à Albert Thomas et aux parlementaires de gauche qui auraient institué cette injustice.

Sa conclusion l’amène à cet amalgame d’antisémitisme, antisocialisme et antigermanisme, caractéristique de l’extrême-droite de cette époque qui se complaisait dans l’usage d’expression comme « Internationale financière et judéo-boche ».

Un mois auparavant, l’Éclair Comtois publiait une tribune d’Albert Despeaux qui présentait la nouvelle société française d’après-guerre en fonction de ses revenus. L’auteur constituait quatre catégories : deux perdantes et deux plus ou moins gagnantes à l’issue du conflit.

Les perdants appartenaient au groupe des rentiers, obligataires, retraités, pensionnés, ceux dont les revenus fixes étaient mangés aux deux-tiers par l’inflation de puis 1914. Il y ajoutait une catégorie de salariés, dont les fonctionnaires, ayant aussi perdu les deux-tiers de leurs revenus parce que leurs traitements ou salaires n’avaient pratiquement pas augmenté.

Les gagnants faisaient partie de la classe ouvrière, ceux dont les salaires avaient été en hausse surtout à la suite des grèves de 1917. Mais les enrichis étaient d’abord agriculteurs, commerçants, industriels, tous plus ou moins fournisseurs de guerre.

On a là un tableau de la nouvelle société plus complet que celui dont se contente Louis Hosotte, le 10 juin, tout cela pour charger de sa vindicte les ouvriers socialistes et/ou cégétistes (et seulement eux) et présenter leurs revendications et leurs actions de grève comme une menace pour la France, alors que leur nombre est loin de concerner la totalité de la classe ouvrière et qu’ils ne sont loin d’être tous prêts à la révolution.

En juin 1919, si certains jettent de l’huile sur le feu pour soulever une classe contre l’autre, c’est bien ce type de journaliste militant qui, par sa haine de la gauche parce qu’elle est anticléricale et souvent athée, accentue la division entre les unes et les autres.

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