Albert Clemenceau, frère de Georges, plaide à Vesoul

Le Petit Comtois du 13 juin 1919

C’est une affaire d’accaparement et de spéculation, en 1917,  reprochés à la société Maggi après son installation à Port-sur-Saône.

Jugée en correctionnelle les 12 et 13 juin 1919, elle fut un temps fort de la justice vésulienne cette année-là. Une société réputée, mais aussi suspecte, depuis des années, de sympathie allemande, des juges de Belfort, Besançon et, évidemment Vesoul, des ténors du barreau… tous les ingrédients d’un procès remarquable.

On a déjà présenté l’entreprise Maggi lorsqu’elle était suspectée d’empoisonner son lait pasteurisé, en 1914, sous prétexte qu’elle dépendait de capitaux allemands.

Le temps de la Grande Guerre fut celui de l’inflation et, malgré les taxations et les contrôles, les prix des produits alimentaires s’emballèrent. En Haute-Saône, le policier chargé d’enquêter sur cette affaire a noté une corrélation entre ces hausses du lait et l’implantation de Maggi. De plus, il a entendu des témoins parler de pressions sur les producteurs laitiers pour fournir Maggi en priorité.

Or, le syndicat des agriculteurs de Haute-Saône, largement influencé par l’aristocratie locale aux réseaux puissants et aux intérêts fonciers et agricoles, ne resta pas sans réagir. D’où ce procès à l’encontre de responsables de Maggi, un directeur d’exploitation et trois autres agents de la société Maggi.

Albert Clemenceau (1861-1955), cadet de Georges, né 20 ans avant) célèbre pour avoir été un des défenseurs de Dreyfus, attira l’attention du chroniqueur judiciaire et du public présent à cette séance de correctionnelle, lors des plaidoiries.

La notoriété et la compétence de Clemenceau n’empêchèrent pas la condamnation des quatre inculpés. Toujours est-il qu’il leur permit d’échapper à l’inculpation d’accaparement.
Mais ils furent condamnés pour spéculation. Les peines allaient de 15 jours à 3 mois de prison et de 50 fr. à 5000 fr. d’amende.

Ce jugement n’est pas étonnant dans le contexte de vie chère de l’après-guerre. Le mécontentement était quasi général. Hormis les enrichis, tout le monde se plaignait des prix élevés. Ces quelques agents de Maggi firent les frais de ce ressentiment général, mais la plupart des spéculateurs échappèrent à des sanctions.

Les condamnés firent appel et un deuxième procès eut lieu à Besançon en décembre. Albert Clemenceau plaida à nouveau et démontra que les plaintes contre les agents Maggi venaient de spéculateurs gênés par l’activité de cette entreprise. Le prononcé du jugement, le 20 décembre, relaxa les appelants sans peine, amende ni dépens.

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