10 juin 1919/10 juin 2019 : centenaire/bicentenaire de la naissance de Gustave COURBET

L’Eclair Comtois du 10 juin 1919

Dans les éditions du 10 juin 1919 à Besançon, seul l’Éclair Comtois se préoccupe du centenaire de la naissance de Gustave COURBET. Il est vrai que le Petit Comtois se rattrape les 20 et 21 juin lors du retour des cendres de Courbet à Ornans (cf. liens à la fin de l’article).

On ne s’attend pas à ce que l’artiste comtois suscite l’intérêt de ce journal catholique, clérical et conservateur, tant Courbet s’éloignait de ses idées avec son républicanisme et son anticléricalisme, même si, à douze ans, il entra au petit séminaire d’Ornans.
Il n’y fit pas de sérieuses études, et son professeur de dessin, M. Beau, ne lui apprit pas grand-chose techniquement, mais il le fit sortir en plein air pour dessiner d’après nature, contribuant ainsi à développer son sentiment réaliste.

Le père Courbet plaça Gustave au collège royal de Besançon en 1837. Sa rencontre avec le professeur de dessin et directeur de l’Ecole des Beaux-Arts, Charles-Antoine FLAJOULOT lui apporta beaucoup plus.

← Il est ici chargé par Alexandre Bertrand, qui l’eut aussi comme professeur.

Tout aussi surprenante est la signature de cet article dans ce journal antisémite : Pierre GIFFARD, dreyfusard influent pendant l’affaire car journaliste au Petit Journal puis au journal sportif le Vélo, à l’origine du premier Tour de France en 1903. L’Eclair Comtois, en juin 1919, ne lui en tient pas rigueur, lui si antidreyfusard par antisémitisme. Même si ce journal ne fut créé qu’à posteriori, en avril 1903, il adhérait au camp antidreyfusard dès que l’occasion se présentait.

Giffard retrace l’enfance et les débuts de l’artiste Courbet. Il utilise, pour nommer son père, le terme comtois de « cudot », c’est-à-dire d’original. Il souligne plus loin que ce père n’était peut-être pas trop exigeant : lui qui espérait Gustave en futur polytechnicien, céda à ses revendications à plusieurs reprises ; pour quitter l’internat pour l’externat du collège de Besançon et pour rejoindre Paris en novembre 1839. Pourtant, il n’était certainement pas dupe des promesses de son fils pour des études de droit.

Avant de monter à la capitale, Courbet illustra une publication, Essais poétiques de Max BUCHON, imprimée et publiée en 1839 à Besançon et visibles en ligne sur memoirevive.besancon.fr.
Cette publication, bien évoquée par Pierre Girard, rend compte des premiers dessins diffusés de l’artiste.
Giffard en compte six ; deux d’entre eux illustrent le recto et le verso de couverture et se limitent à une allégorie en première de couverture et un faucon en quatrième ↓.

Le premier dessin correspond à une scène naïve où une mère prie la statue de Marie enchâssée dans un vieux chêne pour que son fils parti à l’armée lui revienne sain et sauf. C’est ainsi que Courbet lithographie le poème de son ami, la Vierge du vieux chêne.

Dans la Tempête dédié par Max Buchon à son ami Courbet, celui-ci représente deux noirs ayant assisté à une tempête depuis le rivage et s’apitoyant et priant sur le corps d’un blanc naufragé.

Pour illustrer Mon Rosier, Courbet dessine le jeune couple dont il est question dans ces vers et le rosier flétri symbolisant l’amour éphémère.

Pour le Forban, Courbet imagine un corsaire africain enrageant de déception devant ses rêves de conquête contrariés par une flotte française arrivée pour le vaincre.

De ces quatre dessins ressort le romantisme maniéré ou théâtral de l’époque et l’on est loin des œuvres réalistes à venir.
Quant à Pierre Giffard, il termine son billet avec quelques lignes sur la maison natale de Courbet, sorte de petit musée dit-il. Il conclut sur l’affaire de la colonne Vendôme, l’exil en Suisse et la mort de Gustave Courbet le 31 décembre 1877, dans les bras de son vieux père, souligne-t-il (il est vrai que celui-ci mourut à 103 ans, en 1882). Le 10 juin 1919, il écrit que les restes de Courbet sont encore en Suisse. Hors, ils sont en cours de translation et seront inhumés au cimetière d’Ornans le 19 juin suivant. L’accueil du cercueil de Courbet eut droit à la présence du directeur des Musées nationaux, Henry Marcel, du préfet du Doubs, de différents élus locaux et des écoles.

M. Marcel prononça un discours dont l’extrait suivant témoigne de la réhabilitation de l’artiste : […] « longtemps discuté, taxé de vulgarité par certains de ses confrères qui voyaient avec dépit leur art de conventions et de recette, éclipsé par ce robuste talent, il est aujourd’hui en pleine lumière, et son pays natal l’avoue hautement, après avoir, trop longtemps peut-être, douté de son mérite, sur la foi de petits journaux ameutés contre lui par les coteries réactionnaires de son époque. » […]. Et il poursuivit en énumérant des oeuvres dont il fit un descriptif élogieux. (cf. le Petit Comtois du 20 juin 1919). L’édition du 21 juin donne un autre portrait de l’artiste et de son art « brutal, tapageur et humain« .
Et le 26 juin, le Petit Comtois publie encore un discours tenu lors de cette translation des cendres de Courbet, discours de M. Vernier qui représentait le maire d’Ornans.

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