Le 1er mai 1919, calme à Besançon, violent à Paris

Elle aurait pu être splendide cette journée internationale des travailleurs. La victoire était encore dans tous les esprits, le gouvernement venait de déclarer ce 1er mai jour chômé (à titre exceptionnel – en France,  il ne le sera définitivement qu’à partir de 1941), la journée de 8 heures était annoncée comme un objectif,  l’Union sacrée n’était théoriquement pas morte. Et pourtant…

… Les manifestations tournèrent à la violence à Paris.  Deux tués par balles, près de 700 blessés dont 400 agents. Le contexte international révolutionnaire faisait craindre les rassemblements, les foules manifestant. Et les provocateurs ne manquaient pas, tant du côté des syndicalistes révolutionnaires que du côté de l’ordre. L’Eclair Comtois, hostile à cette manifestation du 1er mai (pour le journal catholique,  toute fête non religieuse n’avait pas à être chômée)  titra « 1er mai sanglant ».

La Chambre, à la séance du 6 mai, en débattit. Des députés socialistes comme Cachin (Eclair Comtois du 3 avril) interpellèrent le ministre de l’intérieur. Ils s’en prirent surtout au Président du Conseil (absent à la Chambre ce jour-là) Georges Clemenceau. Il est vrai que pour des socialistes, ces événements rappelaient la répression du même Clemenceau lors des grandes grèves de 1906-1907. Pour le 1er mai 1919, Clemenceau avait fait venir des troupes des environs de Paris

À Besançon, le Petit Comtois rend compte d’un 1er mai tiède et sévère, mais il le dépeint plutôt comme grave, digne et paisible et fait un rapprochement avec Zola. Il écrit à propos du cortège de manifestants : pas de personnes louches, mais seulement de bonnes figures, vieilles, jeunes, fatiguées – toutes honnêtes et résolues. Autour de la bannière rouge, de vieux ouvriers aux yeux d’espoir et, flottant aux ailes, des femmes, des jeunes gens, des jeunes filles.

Il y avait là, groupés par corporation, les terrassiers, les graveurs, les monteurs de boîtes, les cheminots, les métallurgistes, les typographes etc. Des bouches mâles chantaient l’Internationale, tandis que derrière les fenêtres des visages, où la curiosité dominait l’inquiétude, regardaient passer dans les rues cette calme page d’un des plus beaux romans de Zola. Ce qui nous fait penser à cette édition récente de Germinal dont la couverture est illustrée par le tableau de Jules Adler, la grève au Creusot en 1899.→
 Mais, la manifestation de Besançon fut bien peu féminine à en croire le rédacteur.

Le narratif de l’Éclair Comtois à propos de la manifestation bisontine est d’une toute autre tonalité, d’autant que le cortège est passé devant le 36, rue Mégevand, siège du journal, par provocation anticléricale. Là où le Petit Comtois a entendu des bouches mâles chanter l’Internationale, l’Eclair a perçu des hurlements de ce chant. Quant au drapeau rouge, ce journal y voit un chiffon devant lequel personne ne se découvre.

Louis Hosotte, le rédacteur en chef, ne désarme pas et, le lendemain encore, publie une tribune à charge contre la CGT, n’admettant pas qu’elle se réjouisse de la journée chômée du 1er mai. De même, il dénie les chiffres publiés par l’Œuvre (journal socialisant) donnant dix-mille personnes pour le défilé de Besançon. L’Éclair Comtois en avait dénombré à peine trois-cents.

Les batailles de chiffre autour des manifestations sont ancestrales, mais en l’occurrence, le journal catholique approchait certainement plus la réalité. Et puis, revenant sur le compte-rendu du Petit Comtois du 2 mai, il désigne le descriptif de la manifestation par ce journal de passage bouffon.

Ces tensions n’étaient pas nouvelles et l’on se souvient des grèves de 1917-1918, mais dans le contexte de paix retrouvée, elles faisaient comprendre l’ampleur des difficultés à affronter pour le pays toujours divisé malgré la victoire. Les revendications ouvrières resurgissaient.

A Besançon, la bataille d’opinions entre l’Eclair Comtois et le Petit Comtois retrouvait sa virulence après quelques mois plus tempérés en 1918 et début 1919.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s