Contre la grande presse parisienne

Petit Comtois du 26 mars 1919

La tribune de cette édition revient une fois de plus à Jules BLUZET ; Et l’on peut noter que sa verve est de plus en plus tonitruante et cassante, voir injurieuse. La modération habituelle du Petit Comtois n’est plus, et l’on croirait lire les invectives brutales de Louis HOSOTTE de l’Eclair Comtois qui, après-guerre, adopte parfois un ton plus modéré, sur certains sujets, sans être conciliant.

Les dernières lignes en appellent à une rupture avec Paris, un Paris qui ne serait pas le cerveau de la France, mais seulement l’intestin avec ses pestilences.
Peste ! Voilà qui est envoyé !
Mais il ne s’agit pas seulement de la manifestation d’un régionaliste. C’est bien un plaidoyer pour une presse locale, honnête et non inféodée à des forces économiques et un pamphlet contre la presse parisienne où la vertu et le vice sont confondus dans le plus cynique mercantilisme.

Au vrai, Jules Bluzet est piqué au vif par l’indifférence marquée de la presse parisienne à l’égard d’une manifestation qu’il estime d’importance : la foire de Lyon.
Elle vient de s’achever, de réunir des participants du monde entier [Etats-Unis, Australie, colonies françaises et pays européens…] (mais en petit nombre) et la Comté y avait un stand vantant les qualités touristiques de la région. Or, les journaux de Paris n’ont pas jugé bon d’y consacrer de la place dans leurs éditions. Jalousie, jacobinisme, parisianisme… Cette presse de la capitale, nationale par sa diffusion, n’estimerait donc que ce qui est parisien.

L’Eclair Comtois nous avait habitué à lire une telle opposition à la grande presse, celle des gros tirages, conçue et diffusée depuis Paris. Ce fut le cas le 3 novembre 1915 et encore le 16 octobre 1916. Le Petit Comtois laissait ses colonnes aux régionalistes, mais on n’y avait pas encore lu de telles invectives contre Paris et sa presse. Une recherche de photos de cette foire sur Gallica n’aboutit pas, alors que les clichés ne manquent pas, dus à l’agence Roll, pour les foires de Lyon de 1916, 1917 et celles des années 1920. Peut-être, cette absence argumente-t-elle dans le même sens que Jules Bluzet : les agences de presse parisiennes auraient boudé intentionnellement l’événement lyonnais.

Et pourtant l’Eclair Comtois ne soutint pas Jules Bluzet et, dans son édition du 4 avril, il prit parti pour le journal parisien l’Oeuvre qui s’offusquait des propos de Bluzet. L’Eclair Comtois considéra le papier de Bluzet comme grotesque et burlesque.

Aujourd’hui, des positions identiques sont affirmées à l’encontre des médias parisiens, jugés trop dominants. Comme dans la presse bisontine de 1919, il existe de forts reproches contre certains milieux journalistiques de la capitale.

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Dans le domaine de l’impression, la presse va mieux en ce début d’année 1919. Depuis février, les journaux savent qu’ils vont pouvoir bénéficier  de plus de papier et ne plus se limiter à deux pages par édition. Le coût du papier abordable et un approvisionnement normal permettent de passer à nouveau à 4 pages, 4 jours par semaine et parfois même à 6 pages le dimanche en incluant surtout des annonces publicitaires. Les lundis, mardis et vendredis conservent deux pages. Avec l’accroissement des annonces publicitaires, les journaux avaient la possibilité d’assainir leur trésorerie.

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