Le 60e RI et des données de Mémoire des Hommes

A l’occasion du retour du 60e Régiment d’Infanterie dans ses casernes bisontines de Charmont, la ville avait préparé des manifestations festives et l’on comprend d’autant mieux l’attachement des Bisontins à ce régiment en passant en revue, à partir de son Historique, les combats qui l’affectèrent, touchant des hommes de Besançon et de nombreux Comtois au moins jusqu’à la fin de l’année 1916. À cette date, le recrutement pour ce régiment touche d’autres régions. On trouve dans l’Historique, une longue liste des hommes du 60e morts pour la France, officiers, sous-officiers et soldats. La base de Mémoire des Hommes signale 4 442 morts pour la durée du conflit, entre 1914 et 1919.
Ce régiment, et il en fut ainsi pour les autres durant 1914-1918, parcourut le front occidental de l’Alsace à la Belgique, en passant par la Champagne, la Somme, l’Aisne, la Lorraine, y compris Verdun et termina sa campagne aux portes de l’Ardenne. Des extraits de la Dépêche Républicaine du 11 mars 1919 illustrent le propos.

     Le 60e avait quitté Besançon dès les premiers jours d’août 1914 pour le Territoire de Belfort. De là, il participa aux attaques en Haute Alsace et jusqu’à Mulhouse abandonné le 24 août. Du 7 au 24 août, le régiment enregistre ses premiers morts : 33, dont 8 du Jura et 2 de Besançon.
(Les données chiffrées sont tirées de la base de données de Mémoire des Hommes en mars 2019, parfois de l’Historique du régiment )

Transporté dans la Somme, le régiment bataille entre Harbonnières et Proyart le 29 août avant de se replier après avoir subi de sérieuses pertes (284 morts selon la base de Mémoire des Hommes dont 37 du Doubs –23 de Besançon– et 61 du Jura). Il s’arrête au Nord de Paris, à Louvres puis revient à Plailly d’où il participe à la bataille de la Marne, dès le 6 septembre,  en se portant sur Bouillancy et Acy-en-Multien. La base de Mémoire des Hommes donne 128 morts les 6 et 7 septembre dont 23 du Doubs –10 de Besançon– et 29 du Jura. Le commandant Arnoulx de Pirey y est blessé le 7 et l’avait déjà été le 29 août.

Encore 96 morts les 8 et 9 septembre (dont 12 du Doubs et 21 du Jura) toujours dans le secteur de Bouillancy, vers Fosse-Martin et la ferme Nogeon. Après le recul de l’ennemi, le régiment se réorganise tant bien que mal et franchit l’Aisne à Vic pour se déplacer sur Saint-Christophe-à-Berry, Autrêches et Nouvron-Vingré le 12 septembre. Les 8 jours suivants voient tomber encore 205 hommes dont 56 sont originaires du Doubs – 14 de Besançon– et 40 du Jura.

Dès cette fin septembre, le régiment s’enterre dans les tranchées. Il repart pour des assauts désespérés le 12 novembre, à Hautebraye (commune d’Autrêches – 60) où meurent 132 hommes (22 du Jura, 44 du Doubs – 17 de Besançon –).  Le 13 décembre, le Régiment est relevé par le 170e et s’installe vers Soissons.

Du 12 au 15 janvier 1915, le 60e connaît de terribles moments d’attaques et de contre-attaques à Cuffies et Crouy ou Soissons (02). On dénombrera 307 morts dont 34 de Besançon. Aux Comtois originaires du Jura et du Doubs, il faudrait aussi en ajouter 5 natifs de Haute-Saône. En janvier 2015, un billet de ce blog a déjà rappelé cette bataille. Avec les blessés et les prisonniers, le 60e est réduit à quelques compagnies à l’issue de cette bataille et il est reconstitué avec des éléments venant de partout.

Jusqu’à l’été 1915, le 60e participe à  la défense sur l’Aisne dans le secteur de Fontenoy. Ses pertes sont identiques à celles de tout régiment installé au front sur un secteur moyennement calme, mais touché par de réguliers bombardements. En fait, les prisonniers issus du 60e, dans les camps allemands de Langensalza (86 morts dont 15 issus du Jura, 31 du Doubs – 7 de Besançon –) ou de Niederzwehren (42 morts) meurent en nombre, souvent du typhus, entre janvier et juillet 1915.

En août, le 60e gagne Suippes pour les préparatifs de la bataille de Champagne. Durant le mois de septembre et avant le 25, l’Historique du 60e indique 20 tués et 47 blessés du fait des tirs d’artillerie allemande qui visait à contrarier la préparation de l’offensive. Celle-ci a lieu le 25 et la base de Mémoire des Hommes compte 291 morts du 60e pour cette seule journée. Jonchery est le lieu le plus nommé sur les fiches de Mémoire des Hommes. Avec 24 soldats dont le décès est retranscrit en Haute-Saône et 9 dans le Territoire de Belfort, on trouve 84 hommes du Doubs – 11 de Besançon – et du Jura. 117 des 291 morts sont donc encore des Comtois. Le 60e restait un régiment recrutant en Franche-Comté. L’offensive ne s’arrête que le 9 octobre et le 60e perd encore 183 hommes dont presque la moitié est originaire de la Comté avec 15 bisontins. Le régiment stationne alors vers Saint-Hilaire-le-Grand (51) pour un mois avant de passer décembre 1915 et janvier 1916 vers Saint-Dizier.

Après un temps au camp de Mailly, le régiment rejoint Verdun en février. Il a été reconstitué durant cette période avec moins d’hommes venant de Franche-Comté.

Il se trouve au Nord de Verdun, vers Haumont et Samogneux, Bois des Caures et Beaumont, Louvemont quand débute la grande bataille le 21 février 1916. Le 60e reçoit donc les premiers bombardements et les premières attaques allemandes de la bataille de Verdun du 21 au 26 février. 166 hommes y sont tués dont plus de 50 sont Comtois et 11 Bisontins. Après son repli, le régiment s’installe au Bois du Chapitre près de Vaux. Jusqu’au 1er mars, date de la relève, on compte encore 41 morts. Les Comtois du régiment ne représentent plus qu’un bon quart des décès. Le 60e s’installe vers Rupt-en-Nonain puis dans le pays de Toul. Là, il est à nouveau reconstitué et représente une manière de synthèse de toutes les régions de France (Historique p.57).

Le retour à Verdun du 12 avril au 4 mai dans le secteur d’Eix-Tavannes est moins meurtrier. On dénombre 34 morts, 5 du Doubs, 3 du Jura, c’est encore 23% de Comtois.

De la fin mai au 21 juillet, le 60e est au calme dans les Vosges avant de repartir pour la Somme.
Début août, il s’installe près de Curlu, au bord du fleuve. 238 morts du 7 au 20 août, particulièrement les 12 et 18, jours d’offensive 5 de Besançon –. Relevé, le 60e se replie dans la région de Cachy. En septembre, du 11 au 16, le 60e participe à nouveau à l’offensive vers Bouchavesnes et perd 179 hommes tués (16 Doubs – 3 de Besançon –, 10 Jura, 4 de Haute-Saône et 3 du Territoire de Belfort), la part des Comtois dans les morts du 60e est passée à 18%. Mais alors ce sont ceux des 44e et 35e pour qui c’est une hécatombe.

Après la Somme, le régiment rejoint la main de Massiges début octobre. Il y reste jusqu’au 30 décembre dans une période relativement calme. L’Historique donne 13 tués et 203 blessés pour près de trois mois.

De janvier à mars 1917, le régiment ne cesse de se déplacer pour finir le 30 mars au Nord de Reims, dans le secteur du Godat où il prépare la grande offensive d’avril. Avant cela, il subit une attaque le 4 avril qui fait 18 tués.

Mémoire des hommes donne 232 morts, presque tous sur la commune de Berméricourt, le 16 avril, le 60e montait à l’assaut en direction de la Suippes. Parmi les morts, une quarantaine de Comtois dont 4 de Besançon. Ils ne représentent plus que 17% des tués. Depuis l’été 1916, le régiment a un recrutement tous azimuts.
Il alterne alors les repos et les montées au front sans qu’il y ait de combats ou bombardements remarquables jusqu’à un nouveau déplacement à Verdun entreprit le 16 août. Le 25 août, il occupe la cote 344 à Champneuville, ravagée mais alors calme, jusqu’au 7 septembre. Du 7 au 9, 74 hommes tombent lors d’attaques et contre-attaques près de Samogneux.

Le régiment se déplace sur le Mort-Homme et la cote 304 du 5 octobre au 10 décembre. Les pertes sont de plus en plus réduites et totalisent 28 morts pour cette période.

De janvier à avril 1918, le régiment est en Lorraine, vers Reillon. 48 morts sont comptés pour cette période, la moitié dans ce secteur. En avril, nouveau déplacement dans le Nord de la Somme, puis au Nord vers Cassel début mai et enfin à la relève d’une brigade anglaise près de l’étang de Dickebusch, en Belgique. Là, il  subit un fort bombardement le 27 mai qui fait 28 morts selon Mémoire des Hommes et 47 selon l’Historique du 60e.

Le régiment rejoint Beauvais au début juillet avant de repartir en Champagne au milieu du mois. Au bois de Courton, dans la Montagne de Reims, le 60e participe à l’arrêt de la progression allemande entreprise depuis avril. Du 16 juillet au 1er août 1918, la lutte est incessante et le 60e perd 134 hommes. Les Comtois comptent pour moins de vingt (14%).
Ensuite, le repos se passe près de Sézanne jusqu’au 21 septembre.

Le régiment est à nouveau engagé du 25 au 29 septembre à la Butte de Tahure et à la Croix Muzard, y perdant 59 hommes. Les derniers rudes combats concernent Orfeuil, dans les Ardennes du 4 au 10 octobre, à la poursuite des Allemands en plein recul. 66 hommes meurent encore.
Les Comtois ne sont alors pas plus concernés que des soldats originaires d’autres régions.

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