Avis de décès de soldats, postérieurs au temps de guerre

Exemples de février 1919 dans les journaux de Besançon

On aurait  tort de penser à une baisse sensible des avis de décès de soldats dans la presse locale, quelques temps après l’armistice. D’abord parce que meurent encore nombre d’hommes dont les blessures étaient graves, d’autres car la grippe espagnole continue à sévir et, surtout, parce que les familles n’apprennent officiellement le décès de certains disparus que des mois après l’armistice. Elles peuvent alors l’annoncer et organiser les obsèques.

La base de mémoire des hommes permet de dénombrer 36 163 morts du 12 novembre 1918 au 12 mars 1919, soit durant les quatre mois suivant l’armistice. Si l’on compare avec quatre mois du temps de guerre, en évitant les périodes des dures offensives alliées ou ennemies, on peut parfois y comptabiliser moins de décès qu’après guerre. Par exemple, du 12 novembre 1917 au 12 mars 1918, on dénombre 27 339 décès, soit près de 20% de moins.

En s’appuyant sur les publications d’avis de décès dans la presse de Besançon au cours du mois de février 1919, on trouve différents cas.

– D’abord, ceux  des familles apprenant la mort d’un des leurs, tué à l’ennemi ou mort d’autres causes dans les dix dernières semaines de la guerre.

C’est le cas du jeune Albert CHAMBELLANT de Saint-Claude dans le Jura. Il était étudiant en sciences avant d’être incorporé en avril 1917. Il passa du 23e au 54e RI et mourut de ses blessures par obus le 14 septembre 1918 alors qu’il était chargé de réparer des lignes téléphoniques à Condé-sur-Aisne près de Soissons. Sa famille ne l’apprit officiellement qu’au début février 1919.

Ou encore, Gustave JULIARD, cultivateur dans un village du Doubs, Orve, et qui avait fait son service dans l’artillerie. Incorporé en 1914 dans un détachement de la 7e section de COA, Il n’intégra l’infanterie qu’en janvier 1917. Blessé le 23 octobre, il se remit et fut tué entre Sommepy et Manre, dans la Marne, le 28 septembre 1918. La famille ne fut officiellement informée de son décès qu’à la fin janvier 1919. Le deuil put véritablement commencer en février avec un service religieux en son honneur dans l’église de Chazot, la commune voisine d’Orve.
Sa tombe est dans la nécropole nationale de Sommepy-Tahure.

Antoine BARTHE, de Sombacour dans le Doubs, venait d’avoir 20 ans quand il fut tué à l’ennemi le 4 octobre 1918. L’Eclair Comtois du 6 février 1919 rend compte de l’angoisse familiale après l’information de sa disparition, mais non de sa mort. Dans ces cas-là, les parents nourrissaient l’espoir d’une autre issue que mortelle . Il n’était pas rare que des disparus fussent faits prisonniers.  Mais cette espérance s’éteignit début février 1919 avec l’annonce de son décès dans les Ardennes.

Le journal signale, à la même date de février 1919, trois autres disparus de cette commune dont les familles sont encore sans nouvelle.

L’avis de décès de Louis BOICHARD parut dans la Dépêche Républicaine du 11 février.
Il était jardinier à Besançon. Mobilisé au 3e Bataillon de Chasseurs dès le 1er août 1914, blessé à Notre Dame de Lorette en mai 1915, il devint caporal la même année. Il mourut de la grippe dans une ambulance de Bussy-le-Château le 24 octobre 1918.

– Mais il y eut des annonces beaucoup plus décalées entre la date de décès  et l’information officielle communiquée aux parents.

Des familles de nombreux disparus, parfois dès le début de la guerre, purent ne recevoir d’avis officiel de décès qu’après la guerre. Pour WEBER Emile, sous-lieutenant disparu au combat le 2 septembre 1914, les jugements de décès ne furent définitifs que 6 ans après, en sept 1920. Né à Wassy, Haute-Marne, il s’était installé à Besançon.

Mort à Verdun le 24 octobre 1916, GLADOUX Alphonse était cultivateur à Fontain, près de Besançon.

Sa famille, avertie officiellement au début 1919, put alors en informer clairement « parents, amis et connaissances » et procéder à un service religieux. Il n’y eut de jugement qu’en décembre 1921.

Dans l’esprit de beaucoup, la guerre est encore là, même en France. Ses méfaits frappent toujours et trop de deuils continuent à affecter trop de gens.

Le 4 avril 1919, on trouve de noveau dans l’Eclair Comtois, ce journal catholique, des lignes pleines d’espoir pour deux concitoyens de Trevillers (25) toujours portés disparus : « ils sont dans la main de Dieu, que la main divine les protège et les ramène à leur foyer. »

 

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s