Les mots français dans la presse allemande…

Ou, quand un titre crée l’effet inverse à celui souhaité par son auteur.

L’Éclair Comtois du 17 février 1916

Voici un billet de presse paradoxal.
17_02 mots français 1Son auteur, en l’intitulant « les mots français annexés par les Allemands », semble nous dire que l’adoption de mots de vocabulaire était aussi préjudiciable que l’annexion des territoires du Nord de la France ou celle de l’Alsace-Lorraine.

De plus, les premières lignes évoquent la chasse aux mots français, leur rejet par les autorités allemandes.

Or, la longue énumération de mots de la langue française adoptés par la langue allemande prouve, au contraire, une influence culturelle à l’avantage de la France.

Le rédacteur s’appuie sur trois journaux : la Gazette de Voss (Vossische Zeitung) de Berlin, journal national de référence en Allemagne ; la Gazette de Francfort, sorte d’ancêtre de la Frankfurter Allgemeine Zeitung ayant aussi une diffusion nationale ; et, avec les Dernières Nouvelles de Munich, il crée un échantillon de presse balayant une bonne partie de l’Allemagne.
Cela donne une certaine crédibilité à l’exercice qui consiste à extraire des mots d’origine française de ces  journaux pour montrer l’importance de leur usage dans toute l’Allemagne.

Pour ne pas reprendre la longue liste des mots figurant dans le journal, on peut se contenter d’en nommer quelques-uns et les rubriques sous lesquelles ils sont regroupés :

  • D’abord quelques mots en rapport avec la parfumerie et l’élégance françaises : idéale figure, teint (délicat), crème de Vénus, brillantine, article de toilette, massage, discret… Modèle, confection, corset, tricot, velours-chiffon, pèlerine, garniture, négligé de matinée, flanelle, paillette, plissé, chiné…
  • Marmelade, vaseline, pastilles, bonbons, conserves, cognac, goudron, vanille, provisions concernent la droguerie autant que l’alimentation…
  • Décorateur, ingénieur, électro-monteur, commis, constructeur, dentiste, portier, journaliste… pour les professions.
  • Dans les réclames, le rédacteur repère : bouillon, mayonnaise, émail, galerie, ménagerie, grandiose, transport, feuilleton, instrument, expédition et bien d’autres termes.
  • Il en cite des dizaines d’autres, sans classement, uniquement avec une terminaison allemande au pluriel pour faire ressortir leur aspect si « barok».
  • Et puis, en rapport avec l’animosité française à leur égard, il signale que le mot boche est traduit par les Allemands en boche, mais embochage ou embochement par une germanisation en Verbochung.

17_02 mots français 2Ce n’est qu’en fin d’article que ce chroniqueur admet le bénéfice de l’influence française. Il cite des produits, vins de Bordeaux, savons… ou évoque les œuvres de Jules Verne ou Molière pour convenir de l’intérêt économique, mais aussi culturel de ce passage de mots d’une langue à l’autre.

Au final, on a l’impression que ce journaliste n’a pas voulu témoigner de l’intérêt porté par les Allemands à la langue, à l’élégance ou aux savoirs français parce qu’ils étaient les ennemis et, l’Éclair Comtois les qualifiant souvent de barbares, il ne pouvait pas leur reconnaître cet intérêt.
Voilà un billet propagandiste mal arrangé.

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