Inflation et début d’agitation sociale… dans le Haut-Doubs.

L’Éclair Comtois des 17 et 19 décembre 1915

À Besançon,  La douzaine d’œufs se payait de 1fr.30 à 1fr.50 en  oct. 1913 et de 1fr.60 à 1fr80 en oct. 1914. (Billet à partir du Petit Comtois du 22 octobre1914)

19_12 ouvriers grève EC 17_12On la trouve à 2F à la fin de 2015. C’est peut-être moins qu’à Lure, en Haute-Saône, où elle atteint 3 francs, mais cela représente tout de même une hausse de 25%. Les prix étaient un peu plus surveillés par les autorités locales dans les grandes villes de garnison où l’armée ne voulait absolument pas d’une agitation populaire pour désorganiser son fonctionnement. À Lure, pourtant, la rumeur met sur le compte des achats par la troupe la pénurie à l’origine de la hausse.
En fait, tous les prix augmentent et, hormis le pain qui est taxé, l’inflation rend le quotidien des ménages de plus en plus difficile, surtout dans les villes. Le sucre faisait l’objet d’une spéculation qui énervait les consommateurs tant les prix s’envolaient.
Et l’on voit ainsi les producteurs (agriculteurs en particulier) accusés de rapacité.

Les mêmes sont montrés du doigt dans cet entrefilet du 19 décembre à propos de Charquemont.19_12 ouvriers grève

Les ouvriers de ce bourg, dans le Haut-Doubs, sont pour la plupart des horlogers. Une aristocratie ouvrière, mais qui n’en est pas moins soumise à des conditions de travail dégradées du fait de l’emprise des commandes pour  l’armement (les mécanismes précis de mise à feu des obus, les fusées, pouvaient être fabriquées dans les ateliers d’horlogers. Mécanique de précision à laquelle s’ajoutait parfois un système d’horlogerie pour déclencher l’explosion à un moment de la trajectoire du projectile). La demande est telle que l’on exige de plus en plus des petites entreprises, comme des grandes, engagées dans l’industrie d’armement. Or, les salaires ne suivent pas le rythme de l’inflation et le mécontentement augmente.
Dans l’exemple ci-dessus, ce sont donc les producteurs de lait qui sont désignés responsables de la hausse des prix : payé jusque là 4 sous (2 francs), le litre risque de passer à 4.5 sous, soit 2.25 francs. C’en est trop pour certains ouvriers qui menacent de recourir à la grève si cette hausse est appliquée.

Il est surprenant que l’Éclair Comtois reprenne cette information d’un appel à la grève par un groupe d’ouvriers parce que ce journal a plus d’appui dans le monde agricole du Haut-Doubs, catholique pratiquant, que dans le monde ouvrier. Et il est aussi surprenant de trouver un tel appel dans ce pays de montagne réputé pour son conservatisme, son catholicisme – on est là dans ce que l’on a appelé la Petite Vendée au temps de la grande Révolution – et non pour l’action ouvrière.

La grève est encore rare en 1915, le patriotisme et la conscience du risque encouru par le pays si la production est ralentie expliquent cette rareté. Mais la guerre totale a des effets inégalitaires indéniables.
1916 sera une année un peu plus agitée socialement, mais surtout 1917 et 1918. Le contexte sera alors différent avec la révolution russe et l’extrême lassitude de la durée de la guerre.

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