Histoire naturelle (et hilarante) des GVC

Le Petit Comtois du 12 octobre 1915, p.3

Avant de lire ce qui suit, il importe que vous parcouriez ce site afin de savoir qui étaient les GVC

Excellentes pages sur la (ou les) Garde(s) des Voies de Communication n’est ce pas?

Mise en place dès le 31 juillet 1914, cette garde eut la tâche de surveiller le réseau ferré et  certaines voies routières et fluviales. La logistique ferroviaire était devenue une clé de la guerre contemporaine pour acheminer les hommes, les armes, l’approvisionnement, les munitions vers les lieux de combat, les blessés dans les hôpitaux dispersés dans tout le pays et les permissionnaires à partir de 1915. Le nombre de trains militaires varia de plus de 18 000 en août 1914, au moment de la mobilisation à 8 à 13 000 pour le temps restant du conflit et il fallait éviter tout sabotage et prévenir les attaques près des lignes de front. Dans la zone des armées (cf. carte de l’article du 18 mars : comprise entre la ligne de démarcation et le front) , le nombre des GVC resta important tout au long du conflit.

12_10 GVC1Voilà une description des GVC par un naturaliste de terrain, proche et même très proche de l’objet de son étude. On peut dire qu’il fait oeuvre d’anthropologue, même s’il se réclame du grand naturaliste Buffon.

Les G.V.C. sont des mammifères, bipèdes et carnivores, se rapprochant de la race des poilus. Ils vivent par bandes de 20 à 30 individus du même sexe.
Assez disciplinés, ils se laissent volontiers conduire par un des leurs, auquel ils reconnaissent une certaine supériorité. Leur nourriture est sensiblement la même que celle des humains. Ils ont une profonde horreur de l’eau en tant que boisson et de nombreuses statistiques indiquent leur consommation en vin et alcool comme considérable. La maladie du sommeil est un des moindres maux que leur attire cet excès de capacité.

Les habitations offrent des types très variés, le luxe et le confort de certaines d’entre elles font curieusement ressortir le délabrement des autres. Quelques tribus, logées sous la tente à proximité des sables et des étangs, ont un penchant très prononcé pour la pêche à la ligne. 

La variété des costumes est remarquable et difficile à définir ; un oeil exercé y trouve, néanmoins, une préférence marquée pour les effets militaires.

L’usage des armes feu ne leur semble pas tout à fait inconnu.
Contrairement aux usages en vigueur chez les autres peuples, les GVC s’intéressent aux travaux habituellement dévolus aux femmes : cuisine, couture, etc… Cet exemple leur vaut, dans certaines localités où ils campent, des  manifestations de la reconnaissance du beau sexe qui prennent, surtout le soir, et sans qu’on sache bien pourquoi, des formes extrêmement touchantes.

Ils sont soumis aux lois françaises, parlent assez couramment la langue du pays,mais l’argot et le patois ont souvent leur préférence.
Les principaux regroupements se remarquent à proximité des voies ferrées où leur unique occupation consiste à se promener jour et nuit, à des heures et pendant un temps déterminé, le long des talus. Quelques-uns préfèrent le voisinage des ponts.
Il serait dangereux, à ces moments, d’approcher les GVC, ils vous repousseraient sans pitié et useraient au besoin leur force contre vous.12_10 GVC carte postale

D’autres illustrations sur le site gvc.14-18 d’où celle-ci est extraite

Au contraire, quand ils prennent leur repos, ces mêmes GVC, naguère si farouches, sont d’un abord facile ; ils consentent volontiers à rire et à plaisanter avec les étrangers qui les visitent.


Jusqu’à présent,malgré de nombreuses et patientes recherches, on n’a pas pu savoir quel est exactement le mode de reproduction des GVC, on ne remarque chez eux que des mâles. Pourtant cette race s’est accrue dans de nobles proportions depuis juillet 1914 et, chose étrange, les échantillons que l’on connaît paraissent tous âgés de 45 à 47 ans, on n’a jamais vu de GVC en bas âge.
12_10 GVC2On peut donc en déduire, jusqu’à preuve du contraire, que les GVC se reproduisent en secret par des moyens et dans des endroit connus d’eux seuls, d’où ils ne sortent qu’à l’âge ultra-adulte.

La signature prouve que c’est bien un GVC qui écrivit ce croquignolet portrait de ses semblables, plein d’autodérision, de compréhension pour le côté embusqué de leurs postes, mais aussi pour le rôle indispensable qu’ils avaient à remplir.
Claude Levi-Strauss ne l’aurait pas désavoué, tant ses remarques anthropologiques sont pertinentes.

Mais tous les GVC n’occupaient pas un poste tranquille, à l’arrière. Il y en eut qui gardaient des voies exposées à l’ennemi  et qui subirent des attaques comme le Bataillon de Marche du 44e RIT des GVCR. Il reçut l’assaut allemand sur Verdun le 21 février 1916 et perdit la moitié de ses effectifs sous les bombardements ou les combats des 4 premiers jours de la bataille de Verdun.
La carte suivante a été aimablement confiée par l’auteur de gvc.14-18. Elle présente un groupe de GVC de Besançon photographié en 1915. 12_10 GVC carte GVC Bes

L’homme assis sur la gauche du maréchal des logis habillé de blanc peut être un nommé CLERC Auguste Joseph, né à Besançon en 1872, habitant Mont de Bregille au recensement de 1911, vivant seul, peintre en bâtiment chez Dupin.

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