Soucis agricoles dans le Doubs

Le Petit Comtois du 11 mai 1915 (p. 2)

11_05Doubs agricLe Petit Comtois tenait régulièrement une rubrique agricole, en raison de la place de l’agriculture dans le Doubs et de la volonté politique des radicaux de s’appuyer sur l’électorat des petits propriétaires (rappel : le Petit Comtois est un journal d’opinion radical-socialiste).

Déjà, en décembre, un bilan des conséquences de la guerre sur l’agriculture locale avait été établi et publié.11_05Doubs agric 2 (Cf. billet du 17 décembre). Et depuis, les comptes-rendus de la réunion mensuelle de la Société d’Agriculture du Doubs sont à nouveau édités par le journal. On retrouve les mêmes personnalités responsables dont Élysée Cusenier.

Celle du 10 mai révèle les préoccupations de ses membres à propos de l’industrie fromagère, donc de l’élevage laitier, et des réquisitions de céréales.

Les fruitières (cf. référence du 17 décembre) poursuivent leur activité grâce à l’emploi de fromagers expérimentés, mais déjà d’un certain âge pour échapper à la mobilisation. Des jeunes de moins de 20 ans, en apprentissage, apportent aussi leur concours à ce travail très physique qu’exige la fabrication du comté. L’inquiétude vient du manque de présure. Il n’y avait pas plus de trente ans que les fromagers achetaient ce produit coagulant du lait qui permet son caillage. Auparavant, eux-mêmes devaient préparer la présure avec des caillettes de veaux. C’est ce qu’explique l’article du Petit Comtois. Largement importé, ce produit faisait défaut du fait de la guerre bloquant les circuits commerciaux habituels et parce que la Suisse et l’Italie importaient également beaucoup de présure, y compris de France. C’est pourquoi, la Société d’Agriculture du Doubs demande l’interruption des exportations de caillettes de veaux françaises vers ces États.

11_05Doubs agric 3Un court paragraphe évoque les contrôles du lait. Par souci d’hygiène, pour connaître la qualité du lait, ces contrôles étaient généralisés depuis 1905-1908. Ils avaient aussi pour but de repérer les paysans qui « mouillaient » le lait, c’est à dire qui augmentaient leur production par ajout d’eau. Dans la presse de l’époque, il ne se passe guère de mois sans que le tribunal correctionnel ne sanctionne quelques paysannes  ou paysans qui avaient recours à cette arnaque.

11_05Doubs agric 4Le billet du 1er mars signalait cet événement presque anecdotique dans le contexte terrible de l’époque : le risque d’interdit pour la transhumance des troupeaux suisses vers les alpages du Jura français.

L’interdit venait du Conseil fédéral suisse de crainte de paraître trop favorable à la France par rapport à l’Allemagne et parce que les frontières étaient dès lors fermées. Mais il n’y eut pas d’empêchement de cette sorte et c’est bien plus la crainte des réquisitions de bétail par la France qui refroidissait les éleveurs suisses de poursuivre cette pratique. Finalement, elle put se faire sans problème.

11_05Doubs agric 5Le dernier paragraphe de ce compte-rendu concerne les réquisitions de céréales. Pour bien comprendre, précisons qu’il ne s’agit pas de réquisitions pour nourrir les troupes ; 11_05Doubs agric 6
celles-ci l’étaient à partir d’appels d’offres dûment annoncés. (Cf. une publicité d’appel d’offres à la fin de l’article du 10 avril.)

La rubrique Lons-Le-Saunier, de la même édition du 11 mai 1915, permet de comprendre la lutte contre la spéculation passant par l’achat des blés à un prix fixe, celui de la réquisition, empêchant ainsi les agioteurs de spéculer. L’inflation ne sera pas enrayée en raison de la rareté (perte des espaces emblavés occupés par l’ennemi, importations russes difficiles, importations américaines risquées…), mais elle sera contrainte dans des limites supportables. Durant les mois de mai et juin, la presse locale se fait fréquemment l’écho de cette inquiétude.

11_05Doubs agric 7Les autorités veillaient à ce qu’il n’y ait pas de désordre social provenant d’une trop rapide hausse du coût de la vie. D’autant que la saison agricole s’annonçait médiocre, en tous cas en Comté comme l’attestent ces remarques sur les retards de semis des céréales de printemps en raison d’excès de précipitations. La première quinzaine de mai se montra aussi humide.

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