Ah, les affaires d’espionnage !

L’Éclair Comtois du 3 avril 1915

03_04_1915 EC espionneEn ce début avril, l’Éclair Comtois se régale de l’arrestation de la Belle Lison. Il réveille ainsi une vieille affaire d’espionnage remontant à 1907-1908, l’affaire Ullmo.  La presse est friande d’affaires d’espionnage, surtout lorsqu’elles impliquent une demoiselle aux mœurs légères. Or, pendant la guerre, ces affaires sont tenues secrètes le plus possible.

En mai 1907, l’attaché de vaisseau Charles Ullmo (1882-1957) ayant fortement besoin d’argent pour répondre à ses besoins d’opium et de jeux et aux désirs exigeants de sa maîtresse Marie-Louise Welch, proposa des documents secrets à l’attaché naval allemand à l’ambassade de Paris. L’existence de cette démarche étant parvenue jusqu’à la Sûreté Générale, un piège fut tendu à Ullmo qui s’y précipita. Arrêté, jugé et condamné au bagne, il fut envoyé à Cayenne où il resta quinze ans .

Lisa Welsch fut soupçonnée puis innocentée, mais cette nouvelle arrestation de la Belle Lison, en avril 1915, pouvait laisser entendre que la Sûreté l’avait gardée à l’œil.

03_04_1915 EC espionne 2Pourquoi l’Éclair Comtois ravive-t-il cette affaire alors que l’arrestation de M.L. Welsch relève simplement du principe de précaution ?  Les enquêteurs devaient seulement vérifier s’il existait un lien entre cette femme et un saboteur, Swoboda, qui venait 03_04_1915 EC espionne 3d’être arrêté comme suspect de l’incendie du paquebot transatlantique la Touraine. Welsch est un nom d’origine étrangère, parfois porté par des  juifs ; il n’en faut pas plus pour que ce journal conservateur, nationaliste, catholique et parfois antisémite, fasse un amalgame correspondant aux idées qu’il professe. On remarquera que le Petit Comtois, journal radical-socialiste, n’édite aucune ligne sur cette arrestation.

03_04_1915 EC espionne 4Pour Swoboda, dont le nom était peut-être Schwind, donc à consonance allemande, il ne fut pas possible de lui imputer l’incendie de la Touraine. Mais l’on chercha à l’inculper pour espionnage. Et ce même 3 avril, l’Éclair Comtois publiait un article à charge contre cet homme considéré hâtivement comme un allemand naturalisé et donc comme un traître et un espion.

 On sent  que des journaux comme l’Éclair Comtois auraient aimé une affaire Belle Lison afin de montrer aux lecteurs où mène, selon eux, la dépravation (cette jeune et jolie jeune femme avait soif de luxe et de vie facile). Ils auront celle de Mata Hari, mais en 1917. Quelques jours plus tard, l’édition du 7 avril reconnaissait l’emballement immérité de cette annonce : la femme arrêtée n’était pas la Belle Lison et il n’y avait aucune nouvelle affaire d’espionnage autour d’elle;

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