L’inflation et la dépréciation monétaire annoncent leur cortège de difficultés

L’Éclair Comtois du 16 et du 17 mars 1915 (et le Petit Comtois du 20 mars)

16_03_1915 inflationL’Éclair Comtois du 16 mars rend compte du phénomène de l’inflation déjà bien ressenti par la population civile. Mais le rédacteur le fait avec une source spécialisée en reproduisant un article de l’Économiste français qui présente le problème de façon explicative et l’étend aux principaux belligérants alliés, l’Angleterre, la Russie, la France. Il s’attarde particulièrement sur les prix des denrées alimentaires et donne trois explications simples :

– la première est la baisse de production dans les principaux pays fournisseurs,
– la seconde est le manque de main d’œuvre chez les belligérants pour cause de mobilisation (et cette explication renforce la première)
–  et la troisième, déterminante, concerne les transports entravés ou réduits, sur mer en particulier, rompant ou limitant importations et exportations.  Les flottes marchandes allemandes, austro-hongroises et russes sont presque inexistantes, quant à celles d’Angleterre et de France, elles sont en partie occupées par les transports militaires et gênées par la guerre sous-marine (cf. billet du 8 février). Le coût du fret maritime a doublé voire triplé. Le risque de guerre pour les navires l’explique également.

16_03_1915 inflation 2À propos de l’exemple anglais, l’auteur de l’article note une hausse des prix moyenne de 36.5% par rapport à 1901-1905 et 19% par rapport à juin 1914. Et ce, pour les denrées alimentaires, les textiles, les métaux et divers produits comme le bois, le caoutchouc ou l’huile. Et pourtant, l’Angleterre reste reliée au monde par voie maritime. Ce sont les céréales qui augmentent le plus avec  40%. Les récoltes mondiales de 1914 ont été médiocres et la récolte russe n’est plus accessible que par des ports d’accès difficiles, Arkhangelsk et Vladivostok.

16_03_1915 inflation 3L’inflation en France est alors moindre, mais réelle. +18% pour le blé (cf. ci-contre).  Certes, la production est affectée par la perte de bonnes terres au Nord et dans le Bassin Parisien, dès lors occupées par les Allemands, mais l’effort fait par ceux qui sont restés à l’arrière, et particulièrement les femmes, et les bonnes conditions climatiques ont permis une saison 1914 correcte. La spéculation sur les difficultés à venir suffit à expliquer la hausse.

PRIX DU PAIN 02_02_1915Ainsi, le prix du pain, aliment alors si important dans l’alimentation française, commence à  augmenter. (cf. le billet du 2 août 1914). Le Petit Comtois, pour Besançon, donne les nouveaux tarifs  en février 1915 (cf. ci-contre). L’augmentation n’est que de 4%, mais c’est en raison d’un encadrement des prix pour ce produit si symbolique et c’est suffisant pour inquiéter la ménagère.

Pour la viande, la hausse est variable, autour de 15% pour le bœuf, moindrement pour le veau, mais plus pour le porc. Seule la viande de mouton est en baisse.

Pour le sucre,  le billet du 22 octobre 2014 a déjà signalé sa forte hausse parce que les départements producteurs sont occupés. Le même billet présente l’inflation sur les marchés locaux de Besançon et du Doubs en octobre 1914.

L’inflation, ce phénomène si atténué avant 1914 quand la stabilité des prix était garantie par la stabilité des monnaies, s’ancre dans l’économie des pays en guerre et causera des difficultés innombrables.

16_03_1915 inflation 4.Et même en Italie, pays encore paisible, la hausse des prix des produits alimentaires provoque des rassemblements de protestation.

16_03_1915 monnaieL’Allemagne est aussi très affectée et l’Éclair Comtois du lendemain, 17 mars, consacre sa première colonne à un autre problème qui la touche gravement, la dépréciation monétaire. Le mark, sur le marché des changes, a déjà perdu 13% de sa valeur.

À cette date, ce n’est qu’avec l’extérieur que la dépréciation du mark pose problème aux Allemands, mais dès 1920-1923, aggravée par une inflation incontrôlée, tout le système monétaire allemand s’écroulera. C’est de cette époque, que les Allemands ont acquis une crainte viscérale de l’inflation et, aujourd’hui encore, leur politique budgétaire et monétaire en est imprégnée… et toute la zone euro avec.

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