Une tradition menacée par la guerre : la transhumance des troupeaux suisses vers les « alpages » du Jura français

Le Petit Comtois du 1er mars 1915, p.2

La guerre provoque un bouleversement général, et à l’échelle locale des modes de vie et/ou des activités économiques sont affectés. 01_03_1915 alpage suisseL’exemple de la transhumance des troupeaux suisses vers les « alpages » du Jura français n’a rien de dramatique, mais montre que des traditions séculaires ont été interrompues le temps de ce conflit. Et l’approvisionnement alimentaire de la  Suisse étant compromis par la guerre, la moindre production avait son importance. Or, les herbages d’altitude servaient à l’époque à compléter la production fromagère des exploitations du 01_03_1915 alpage suisse 2plateau suisse (aujourd’hui, les alpages sont utilisés pour l’élevage et l’engraissement de génisses d’embouche).

Cette activité ancestrale a été menacée par la fermeture de la frontière. Soucieux de surveiller ses frontières avec la France et l’Allemagne et de ne pas afficher un soutien particulier à l’un ou l’autre des belligérants,  le Conseil Fédéral avait interdit l’estivage(ou alpage) des vaches suisses sur les pâturages français des communes voisines.
L’ancienneté de cette pratique a été démontrée par Suzanne Daveau dans sa thèse sur les régions frontalières de la montagne jurassienne (1959). À partir d’une étude de textes anciens, elle a fixé aux XVI et XVIIe siècle les débuts de cette pratique. Et depuis 1882, une convention remaniée en 1912 régissait ce pacage franco-suisse.

Une cinquantaine de communes suisses du pays de Vaud profitaient de ces estives françaises.  En 1914, l’article du Petit Comtois chiffre à 6500 les génisses et vaches laitières concernées par cette transhumance de fin mai à octobre. En 1953, S. Daveau les dénombrait à 7 ou 8000 têtes. À la fin du XXe siècle il y a moins de 4000 têtes de bétail.

En 1914, les races concernées se distinguaient nettement des montbéliardes comtoises ; les bêtes en provenance du pays de Vaux étaient des Simmenthal (de même type général, mais plus pâles et à la robe frisée) et les Schwytz (plus fines et d’une robe uniformément gris-beige).

 La carte ci-dessous localise quelques-unes de ces estives, dans le prolongement  des hauteurs du Mont d’Or, entre frontière et vallée du Doubs, vers 1200 m d’altitude.01_03_1915 alpage suisse carte

En tous cas, l’interruption de cette activité inquiétait suffisamment les exploitants et propriétaires concernés pour constituer un organisme de défense de leurs intérêts. Il fut pas suffisamment persuasif pour convaincre le Conseil Fédéral de suspendre son interdit.

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