Durer et ne pas succomber aux sirènes du défaitisme…

… Nette différenciation entre ces deux journaux locaux :

Le Petit Comtois du 5 janvier 1915 et l’Éclair Comtois du 2 janvier

05_01_1915 PC Durer 1Ce début d’année est celui du bilan moral. L’opinion réagit différemment à l’évolution du conflit et au développement de la guerre de siège.

Louis Lastret, auteur de cette tribune, ignore alors le bilan exact de la guerre de mouvement d’août à novembre 1914, mais, comme beaucoup de Français, il pense bien que les pertes sont énormes. Aujourd’hui, on sait qu’en cinq mois, 300 000 hommes ont été tués et 600 000 blessés, faits prisonniers ou portés disparus. Et le front occidental est sur le territoire de la France, hormis quelques dizaines de km en Belgique.

Face à cette situation, Louis Lastret, alias Georges Ricou, rédige une tribune toute de tempérance et de vérité. Sans jamais sombrer dans le défaitisme, et voulant croire à la victoire, il admet cependant que la guerre sera longue. Aussi, faut-il durer plus longtemps que nos adversaires.

05_01_1915 PC Durer 2En cinq mois, nous avons conjuré le désastre et tenu tête à l’Allemagne. C’est beaucoup…mais c’est tout.

Voilà, en une phrase, un excellent résumé de la situation au début 1915. Cela est difficile à entendre pour beaucoup de nationalistes qui continuent à prétendre que la victoire est toute proche et que les Allemand sont écrasés ; 05_01_1915 PC Durer 3ils ne devaient pas apprécier ce discours de vérité. (cf. plus bas, l’extrait de l’Éclair Comtois d’Albert Monniot). Mais Lastret écrit  en pensant à la durée de l’effort attendu et aux effets contraires d’un discours trompeur qui désillusionne le lecteur. Faire croire à une victoire rapide, de la part de ceux qui dirigent alors, et ne pas y parvenir, c’est prendre le risque de réveiller une opposition qui présenterait l’inconvénient majeur de diviser la classe politique et les Français. Or, il rappelle l’importance de l’Union sacrée pour la cohésion de la Nation face aux périls.

05_01_1915 PC Durer 4 femmesPersuadé que les soldats tiendront, Lastret s’adresse aux femmes pour qui il trouve de bonnes raisons de  lassitude et de découragement : isolement, tâches lourdes à assumer seules, douleur de l’absence ou pire de la perte de l’être cher. Et c’est pourquoi elles méritent toute l’attention, elles qui sont les plus 05_01_1915 PC Durer 5 femmesnombreuses à l’arrière, elles sur qui repose une part colossale de l’effort économique, elles qui peuvent ou non maintenir le moral des troupes comme de la population.

Un écrit au contenu vrai, habile, bien tourné et capable d’effet sur le long terme. On ne peut pas en dire autant du suivant.

02_02_1915 EC MonniotL’Éclair Comtois du 2 janvier 1915 avait reproduit les lignes d’un auteur extrémiste, Albert Monniot, qui écrivait dans la Libre Parole d’Edouard Drumont (polémiste, nationaliste et antisémite notoire). Dans un style enflammé, caractéristique de ces journalistes antisémites, antirépublicains et, ici, antidéfaitistes, Monniot s’inspirait directement de ce qu’on pouvait lire au même moment dans l’Action Française.

02_02_1915 EC Monniot 2La lutte contre le défaitisme n’était pas le propre de l’Éclair Comtois. Dans son édition du 5 septembre, le Petit Comtois soutenait déjà ceux qui demandaient la mise à l’écart des démoralisateurs. Et l’on vient de voir, plus haut, comment Louis Lastret encourageait chacun à la patience, à la résistance.

Mais avec Monniot, on voit bien quel est le bord politique de l’Éclair Comtois. Celui d’un conservatisme catholique proche de l’extrême droite et  thuriféraire des plus ultras nationalistes. Le ton est celui de l’invective. Tout le contraire de la persuasion. Lui seul a raison et l’on doit faire taire ceux qui pensent différemment.

Sur le même sujet, les deux journaux adoptent des discours très différents. Le Petit Comtois se veut explicatif et le plus proche de la vérité. Il compte sur la réflexion et la sagesse pour obtenir du lecteur la courageuse patience dont les Français ont besoin. L’Éclair Comtois fait preuve d’un virulent nationalisme, adoptant un ton agressif et violent à l’encontre de ceux qui feraient preuve de défaitisme pour fermer impitoyablement leurs bouches nuisibles

Le premier est modéré et fait appel à l’intelligence, le second est fanatique et utilise l’invective.

2 commentaires sur “Durer et ne pas succomber aux sirènes du défaitisme…

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s