Gouvernement et Chambres de retour à Paris

Le Petit Comtois du 23 décembre 1914

Après un repli à Bordeaux les deux et trois septembre, les pouvoirs exécutif et  législatif reviennent dans la capitale. Depuis le 8 décembre, le Gouvernement est de retour à Paris. Et les Chambres reprennent leur travail au palais Bourbon et au palais du Luxembourg dès le 22 décembre. En octobre, des voix s’élevaient pour déplorer le maintien des autorités à Bordeaux étant donné le recul allemand depuis la Marne.

À la reprise de la vie parlementaire, les Présidents des deux Assemblées se doivent de galvaniser les élus et le pays, tout en satisfaisant tous les partis, Union sacrée oblige.
23_12_1914 Chambres

Le Président de la Chambre des députés, Paul Deschanel, ouvre la séance avec un discours patriotique plein d’emphase et de nationalisme. Le journal en fait un résumé, mais on peut retrouver le texte in extenso dans  La France victorieuse : paroles de guerre par Paul Deschanel. Bibliothèque Charpentier. Paris 1919. (In Gallica Bnf)

23_12_1914 Chambres discours DeschanelBien sûr, il ne pouvait pas faire autrement que de présenter  les soldats martyrs, les chefs éclairés, les Français unis et les femmes héroïques… Mais, que l’on est mal à l’aise aujourd’hui en lisant que ces soldats luttaient pied à pied, offrant leur vie gaiement Gaiement ? L’on pense évidemment à Charles Péguy et peut-être Deschanel y pense-t-il aussi, puisque le poète a écrit cela en 1913:


« Heureux ceux qui sont morts
Dans une juste guerre
Heureux les épis mûrs
Et les blés moissonnés »….
Et l’on s’interroge sur la façon dont cela pouvait être perçu par les camarades de ceux qui avaient été tués à l’ennemi, par leurs mères, leurs épouses, leurs fiancées, leurs sœurs, par leurs pères, par leurs enfants…

Et quand Deschanel, pour honorer les chefs de l’état-major, énumère les succès militaires obtenus par le sursaut du début septembre, il se garde bien d’évoquer l’invasion allemande, le recul et la perte des territoires occupés et de ceux qui y souffrent terriblement.

Quand il fait appel à ‘Histoire, il invoque Jeanne d’Arc et les guerres de la révolution, l’édit de Nantes ou la nuit du 4 août… pour rallier toutes les tendances politiques.

Le reste du discours est habile diplomatiquement car il glorifie les alliés les uns après les autres, l’Angleterre et ses colonies, la Russie et la Serbie, la Belgique et même le Japon, provoquant des applaudissements de toute l’Assemblée.
Enfin, il tient à ternir l’image de l’Allemagne, comme attendu, et lui renvoie un principe contraire à celui qui a été défendu par des intellectuels allemands: « le droit prime la force », eux qui avaient prétendu, pour justifier la guerre et l’invasion de la Belgique, que « la force prime le droit ».

La Chambre  a voté l’affichage de ce discours. Il correspondait à ce qu’on attendait alors du Président de l’Assemblée, à savoir un discours magnifiant l’effort de guerre et l’union nationale ; mais que d’omissions, que d’exagérations et de simplifications et était-il possible de mésestimer pareillement la réalité du sacrifice des combattants alors que les parlementaires étaient concernés par ce qu’enduraient certains de leurs pairs et des membres de leurs familles? La grandiloquence de Deschanel passe mal aujourd’hui.

Au Sénat comme à l’Assemblée nationale, sont faits des éloges funèbres en hommage à toutes les victimes et en particulier aux députés et sénateurs morts pour la France.

23_12_1914 Chambres 2Quant au Gouvernement, sa communication au Parlement se résume à soutenir la guerre jusqu’à la victoire et à condamner l’Allemagne responsable du conflit.

Il  est alors occupé principalement par les questions budgétaires tant les dépenses militaires sont élevées et les déficits  alarmants.

Le budget étant constamment modifié, il est proposé aux parlementaires des douzièmes provisoires.  Une enveloppe est adoptée chaque mois. Le déficit budgétaire s’élevait à 1 milliard de francs avant la déclaration de guerre (sur plus de 5 milliards de dépenses), et il ne fait que croître depuis. L’impôt sur le revenu ne rentre encore pratiquement pas.

Malgré le terrible contexte, la vie politique retrouve un cours plus habituel et, d’ici peu, les les débats et les oppositions au Parlement seront un peu plus vifs.

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