Fin 1914, l’agriculture du Doubs était-elle très affectée par la guerre ?

Le Petit Comtois du 17 décembre 1914

Après cinq mois d’interruption, le lundi 14 décembre 1914, la Société d’agriculture du département du Doubs reprenait ses séances mensuelles. Le Petit Comtois en fit le compte-rendu ce 17 décembre.

L’intérêt est d’y trouver un panorama de l‘agriculture du département après plus de quatre mois de guerre.  Et l’on est heureusement surpris par les résultats, mais donnent-ils une image complète de l’activité agricole?

17_12_1914 agricultureLe président  de la Société était alors Élysée Cusenier, bien connu des gens d’Étalans car il a été maire de la commune pendant près de vingt ans. Mais c’est comme distillateurs, que les membres de la famille Cusenier ont laissé un nom. Leur première distillerie était à Ornans et était spécialisée dans l’absinthe et le kirsch. (Une avenue porte le nom d’Élisée Cusenier à Besançon).17_12_1914 agriculture 2

Le vice-président, Charles Martin, dresse un tableau de la situation agricole du département. Il commence par souligner le rôle considérable des femmes pour prendre en main les travaux agricoles et ce, dès août, au temps des moissons. Le 7 août, le journal avait déjà noté l’importance des tâches qui leur incombait désormais.

17_12_1914 agriculture 3Puis vient l’énumération des résultats par orientation agricole : satisfaction pour les rendements en céréales et en herbes (foin), bonnes réserves de fourrage pour l’hiver qui commence. Déjà, les prix d’achat pratiqués pour l’armée révèlent un niveau très satisfaisant.

17_12_1914 agriculture 4La production laitière du département est dans une situation encore plus favorable. Concernée particulièrement par les fruitières à comté (gruyère de l’époque), c’est à dire les fromageries coopératives implantées depuis des siècles dans le Haut-Doubs, elle a souffert des blocages des transports au début du conflit ; d’autant que la production de gruyère n’avait pas cessé avec l’emploi d’anciens fromagers à la place des mobilisés. Mais le 17_12_1914 agriculture 5problème ne fut que passager, car le comté étant un fromage de conservation assez facile, aussi fit-il partie des choix pris par l’intendance militaire pour l’approvisionnement des troupes. Dès la reprise des transports, les stocks purent être écoulés à un bon prix, celui-ci passant de  78-85 francs à 90-100 francs.

17_12_1914 agriculture 6Même satisfaction dans la vente des chevaux et du gros bétail de boucherie, très demandés pour les besoins militaires. Là aussi, la hausse des prix a pu satisfaire les producteurs. On remarque que le marché suisse disparaît, mais est compensé par les achats de l’armée.

Ce compte-rendu se termine par des conseils aux éleveurs. Il leur est recommandé de remplacer le foin par d’autres aliments pour bétail, tourteaux de coprah et tourteaux d’arachides. On devine là un intérêt commercial de la part de membres de la Société qui auraient quelques enfilades avec des grossistes en relation avec les colonies.

Ainsi, fin 1914, l’agriculture locale semble ne pas avoir eu à souffrir de baisse de production ou de prix. L’approvisionnement de l’armée a garanti l’écoulement de tous les produits.
Pour autant, le satisfecit du vice-président de la Société d’agriculture est global et ne dit rien des difficultés de certaines familles paysannes où les femmes ne purent assurer une aussi bonne production que l’année précédente en l’absence de la plupart des hommes. La bonne tenue des prix, qui satisfait les notables, dissimule bien des difficultés.

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