Plaidoyer pour la Suisse

Le Petit Comtois du 14 décembre 1914

08_14_1914 G export SuisseCette tribune du Petit Comtois, signée L, est une mise au point après l’accusation, dans des articles de journaux, d’une Suisse qui  favoriserait le ravitaillement de l’Allemagne.

La Suisse aurait été accusée à tort de favoriser le commerce des belligérants. Aussi, l’auteur de l’article s’efforce-t-il, chiffres et références légales à l’appui, de prouver la bonne foi des Suisses en matière de 08_14_1914 G export Suisse 2respect des règles de la neutralité. Rappelant que les droits et devoirs des neutres sont régis par la Convention de La Haye du 18 octobre 1907, il précise que le neutre ne doit pas empêcher l’exportation ou le transit de marchandises d’un belligérant à condition d’appliquer à tous les pays en guerre les mêmes règles. On dirait aujourd’hui qu’il doit respecter la clause de la nation la plus favorisée.

08_14_1914 G export Suisse 3L’auteur argumente alors sur trois catégories d’échanges : les exportations, les importations et le transit, la Suisse étant aussi un pays de passage pour certains flux commerciaux.

Ainsi, la Suisse, ajoute-t-il, a l’obligation de laisser passer les wagons plombés à destination de la France comme de l’Allemagne. D’autre part, elle est libre d’exporter  si elle ne favorise aucun belligérant. Soucieux de ne pas être accusé de partialité, le Conseil Fédéral a exclu de ses exportations tout ce qui pourrait contribuer directement à la guerre, armes, explosifs, matières premières servant à la fabrication de munitions. À cette liste, il a ajouté des produits agricoles ; mais l’on sait que la Suisse n’était pas indépendante dans ce domaine et n’avait donc pas le moyen de satisfaire les demandes de tel ou tel pays en guerre. Le chocolat ne fait pas partie des interdits, il était déjà un produit réputé de l’industrie agro-alimentaire suisse.08_14_1914 G export Suisse 4

Quant aux réexportations, elles sont interdites aussi.

08_14_1914 G export Suisse 5Comme il avait été reproché à la Suisse d’approvisionner l’Allemagne en blé, le journaliste prend soin de chiffrer la faiblesse de la production de ce petit pays et sa dépendance vis à vis des importations ; il ne dispose que d’un million de tonnes pour des besoins de 6 millions de tonnes.

Les importations, jusqu’à là aux origines diverses, ne provenaient plus que d’Amérique depuis le début de la guerre.  Elles correspondaient à une moyenne de 1350 tonnes par jour, soit 135 wagons de chemin de fer (remarquons que l’orthographe francisée était alors vagon).

Suisse commerceRotterdam et Anvers sont fermés, Marseille, Le Havre et Dunkerque ne commercent pas le blé. Il ne reste que Saint-Nazaire et Bordeaux pour accueillir les blés américains à destination de la Suisse. Pour ces deux ports, les déchargements quotidiens de blé atteignent une moyenne de 800 tonnes par jour. La Suisse ne peut s’en contenter et complète ses besoins avec des importations qui passent par Gènes. Chaque chargement destiné à la Suisse est identifié, pesé et arrive dans des entrepôts fédéraux où l’on se charge de la répartition entre les meuniers. Encore faut-il savoir que la régularité des arrivages est insuffisante, car les ports français tournent leur activité en priorité vers les intérêts nationaux. La fabrication du pain blanc est interdite et les Suisses consomment du pain bis, comme la troupe.

08_14_1914 G export Suisse 6Le rédacteur rappelle alors l’intensité de la crise économique, la gravité des pénuries et des restrictions. Et pour autant, la Suisse accueille des blessés et des réfugiés, soigne et envoie des médecins dans les hôpitaux des belligérants.

Dépendante de ses importations pour les 2/5e de son approvisionnement alimentaire, la Suisse connaît aussi une inflation qui commence à accélérer, et le marché noir apparaît dès la fin de l’année 1914. Durant tout le conflit, le pays dépendra de ses voisins et devra accepter des contrôles draconiens pour continuer à recevoir un minimum de marchandises. L’Allemagne autant que les alliés imposeront une surveillance des flux de marchandises.

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