Propos suisses partisans…Et propos français tout autant.

Le Petit Comtois du 15 novembre 1914

Le 6 novembre, le sénateur du Jura, Georges Trouillot, s’inquiétait du positionnement pro-germanique d’un journal bernois, le Berner Tagblatt.

08_15_11_1914 Suisse guerreIl répèta son inquiétude le 15 novembre en raison d’un nouvel article du même quotidien. Un rédacteur suisse récidivait en effet. Après s’être enthousiasmé de l’efficacité des sous-marins allemands en s’exclamant « nos sous-marins », montrant ainsi son adhésion à la cause germanique, il allait jusqu’à émettre l’hypothèse d’une entrée en guerre de la Suisse aux côtés des Allemands. Pour autant, son adhésion à la cause allemande tenait plus à des préoccupations alimentaires qu’à une défense nationaliste. Les craintes de ce journaliste portaient sur les risques d’enclavement en cas d’entrée en guerre de l’Italie aux côtés de l’Entente. Argument peu crédible car la Suisse, en défendant sa neutralité, avait obtenu la possibilité d’importer autant depuis la France que depuis l’Allemagne. Bien sûr, ses importations restaient dépendantes du bon vouloir de ses voisins disposant d’une façade maritime et des facilités de transport, mais les pénuries dont souffrit le pays n’eurent pas la gravité connue par les puissances centrales soumises au blocus maritime anglo-français.

08_15_11_1914 Suisse guerre 2Le sénateur Trouillot, en deux courtes lignes, admet que les Suisses francophones s’insurgent contre cette ligne éditoriale suivie par le Berner Tagblatt. Au passage, il commet une outrance de même nature que le Tagblatt (avec « nos sous-marins »)  en parlant de « la Suisse française ». Le voilà qui rattache à la France les Romands, ou Suisses francophones. Si la culture de la Suisse romande est française, cette partie de la Suisse n’appartient pas pour autant à la France. Et, c’est en  se contentant de cette brève remarque qu’il se livre lui-même à une propagande anti-allemande et anti-alémanique. En effet, s’il souligne l’inféodation du Berner Tagblatt à la propagande allemande, il se garde bien de préciser combien la Suisse est divisée. Or, assurément, la presse allemande contrôle de plus en plus la presse suisse alémanique qui ne s’informe guère qu’aux sources de l’agence Wolf. Mais en Suisse francophone, le même phénomène est notable, les journaux s’appuient d’abord sur l’Agence Havas.

Cette guerre de propagande ira crescendo avec la durée du conflit, accroissant les tensions intra-helvétiques. Les autorités durent se livrer à un délicat équilibre pour maintenir la cohésion suisse.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s