Le député André MAGINOT blessé au combat.

Le Petit Comtois du 11 novembre 191406_11_11_1914 Maginot

06_11_11_1914 Maginot député 1914

À cette date, André Maginot (1877-1932) est déjà un homme politique connu. Élu député de Bar-le-Duc, dans la Meuse, depuis 1910, il est réélu en 1914 (cf. son portrait en 1914, ci-contre). C’est comme sous-secrétaire d’État à la guerre qu’il commence une carrière politique nationale en 1913.

Le CRID 14-18 livre une biographie et une analyse critique des Carnets de patrouille d’André Maginot, publiés en 1940 par sa sœur. On y découvre un personnage plein d’initiatives et d’audace, homme d’action déterminé, plusieurs fois cité à l’ordre de sa division pour ses prouesses. Mais l’on comprend aussi que ses carnets ont été réécrits après-guerre, y apportant un style littéraire et peut-être des arrangements.

Au moment de la déclaration de guerre, il a  37 ans et est mobilisé dans un régiment de territoriaux à Verdun. Mais il monte en ligne très rapidement et se fait connaître par des actions téméraires. Cela lui vaut le grade de sergent en septembre. Il continue à diriger des patrouilles qui, au-delà des forts de Verdun et des avant-postes, s’avancent contre l’ennemi pour le harceler en une période où les tranchées ne sont pas encore bien établie.

Il est blessé le 9 novembre 1914, à Maucourt sur Orne, (le Petit Comtois reprend cette information le 11) lors d’une action qui tourne mal. Sa patrouille perd cinq hommes et d’autres, dont lui-même, sont blessés. Voici comment il relate les faits dans ses carnets : « les cris de douleur des soldats boches […] n’ont rien d’humain. Ce sont des hurlements de bêtes fauves, des plaintes tragiques, des appels effroyables qui, malgré toute l’horreur de ma propre situation, m’arrachent cette pensée qui maintenant domine mes souffrances : vraiment, comme ces gens-là portent mal la balle. Et j’ai près de moi le contraste complet des deux races : hormis le malheureux Georges nous n’avons, de notre côté, que des blessés, mais eux ne disent rien. Résignés, silencieux, c’est à peine s’ils se plaignent, sauf le pauvre chapelet qui, le ventre entr’ouvert, commence à râler. Derrière moi je l’entends et faisant de mon mieux, je tâche de l’exhorter : « Fais comme moi… Bouffe-toi les poings »

Depuis 1935, un monument érigé à 1 km de là, au fort de Souville, commémore ce fait. Il nous montre le sergent Maginot, blessé à la jambe, agrippé à deux soldats et à moitié assis sur un fusil qui leur sert péniblement de brancard (cf. ci-dessous, monument de Souville près de Verdun)… À l’arrière, un bouclier formidable symbolise les fortifications de la ligne Maginot. Le sculpteur représente le sergent, redressé, au visage plein de détermination, à la témérité presque farouche, attitude contrastant nettement avec celle des deux hommes qui le soutiennent et grimacent sous l’effort. On comprend que l’artiste a pu avoir accès aux carnets de Maginot et qu’il a tenu compte de ses appréciations sur cet épisode sanglant.06_11_11_1914 Maginot_monument

06_11_11_1914 Maginot photo 1919Après avoir été soigné, André Maginot est réformé et utilise dés lors une canne pour se déplacer. (cf. photo prise en 1919, montrant le député marchant vers la Chambre, source Gallica). [il fut élu de la circonscription de Bar-le-Duc continuellement de 1910 à sa mort])

Il revient au Gouvernement, comme ministre des colonies, en 1917.

Peut-on établir une relation entre l’homme gravement blessé sur le champ de bataille et sa volonté, après guerre, en tant que député puis ministre de la guerre [1929-1932], de construire des défenses imprenables et indestructibles afin de protéger les soldats et le pays en cas d’un nouveau conflit avec l’Allemagne? Certainement, mais il ne fut pas le seul à souhaiter ces fortifications et l’état-major était le premier à les demander. Lui usa de son entregent politique pour appuyer cette demande et trouver les financements. Les partisans de cette ligne de forts, pouvaient-ils avoir  meilleur porte-parole que celui qui fut vaillant soldat et blessé ?

Ces fortifications rassurèrent les Français et le monument à la gloire de Maginot fut une forme de remerciement. Mais elles furent une erreur stratégique imputable à l’état-major plus qu’au politique. La défaite de 1940 le souligna nettement.

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