Inflation dès 1914 ?

… Partiellement, mais elle n’est pas générale .

Le Petit Comtois du 22 octobre 1914

PC 22_10_1914 spéculation 1Si l’on en croit ce particulier qui n’hésite pas à protester nommément contre la hausse des prix, celui du sucre s’emballe.

En moins de trois mois, il constate une hausse entre 35 et 50% selon que l’achat est fait chez le grossiste ou chez le détaillant.PC 22_10_1914 spéculation 2 Le protestataire signale une pénurie organisée puisqu’il parle de spéculation. A-t-il raison ? Certes, le sucre de betterave qui est commercialisé en octobre n’a  pas été fabriqué avec la dernière récolte puisque celle-ci se fait entre septembre et novembre. De plus le sucre de canne peut toujours être acheminé depuis les Antilles. Donc, l’approvisionnement à court terme ne manque pas.

Toutefois, la récolte de 1914 est partiellement compromise car le front a touché les terres du Bassin Parisien qui  sont consacrées à la betterave à sucre, en particulier en Picardie (la Champagne n’est pas productrice à cette époque). Aussi, une offre plus restreinte est possible pour l’année 1915 et il n’en faut pas plus aux acteurs du marché pour anticiper. Les détaillants ont réellement des difficultés d’approvisionnement, la rétention des produits est plutôt faite chez les grossistes ou les producteurs.

Tous les produits alimentaires ne sont pas concernés par l’inflation en 1914, mais le sucre est une denrée issue d’une transformation industrielle et la hausse de son prix rejoint ou dépasse la moyenne des hausses des prix de gros industriels, + 21%. (source : l’inflation de 1914 à 1949 (édition de 1951. volume 6 d’Etudes et Conjoncture)

PC 22_10_1914 spéculation 3Pour l’alimentation, si l’on compare quelques prix sur un des marchés locaux de Besançon (place Labourey, aujourd’hui place de la Révolution), on constate par exemple qu’à la même date à une année d’écart, le 22 octobre 1913, la livre de beurre est passée de 1fr.35 ou 1fr.40F à 1.40 ou 1fr.80 le 23 octobre 1914. La hausse existe aussi pour les œufs. La douzaine d’œufs se payait de 1fr.30 à 1fr.50 en  oct. 1913 et de 1fr.60 à 1fr80 en oct. 1914.

Mais pour des produits comme le poulet, une baisse est sensible : la pièce oscillait entre 3 et  6fr. 50 en oct. 1913, selon le poids, et se paye entre 2fr. 5o et 4fr. en oct. 1914.

En France, globalement et hors zone occupée, les prix alimentaires restent stables d’août à nov. 1914. La hausse des prix sera beaucoup plus forte en 1915.

Donc, en été et automne 1914, hormis pour quelques produits et quelques lieux particuliers, la ménagère qui doit alors approvisionner son foyer n’a pas à faire face à des hausses de prix insupportables pour l’alimentation courante souvent issue de l’agriculture locale. Les taxations y sont pour quelques chose et les producteurs et commerçants aussi tant qu’ils pensent que la guerre ne durera pas longtemps. Mais la pénurie peut exister, passagèrement, pour certains produits dont la production échappe au marché local.

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