La situation diplomatique à la mi-octobre, vue par le Petit Comtois.

Le Petit Comtois du 14 octobre 1914

La guerre a commencé, fin juillet et début août, avec 7 belligérants auxquels le Japon s’est rapidement ajouté du côté de l’Entente pour s’emparer des intérêts allemands en Chine. Du côté de l’Autriche-Hongrie, la première engagée, l’Allemagne ; du côté de la Serbie, la Russie rejointe par la France et l’Angleterre du fait des déclarations de guerre allemandes et bien sûr la Belgique envahie par les troupes germaniques. D’emblée, la guerre est mondiale, non pas seulement en raison de la présence d’un pays d’Extrême-Orient, le Japon, mais surtout par la mobilisation des empires coloniaux anglais et français et par les interventions de ces puissances contre les quelques colonies allemandes outre-mer.

PC 14_10_1914 diplomatie 6Et pourtant, depuis le début du conflit, le Petit Comtois ne titre ses résumés de la situation militaire qu’en parlant de guerre européenne. C’est encore le cas ce 14 octobre (ci-contre). Le journal n’oublie cependant pas de parler des autres pays comme le Japon, ni des troupes coloniales, comme cela a été montré avec les forces britanniques des dominions (canadiennes par exemple) ou d’Inde. Mais pour les journalistes, il est clair que les choses importantes se passent en Europe. Ils ne mesurent pas alors les effets de la mobilisation des troupes coloniales. Il faut attendre l’entrée en guerre des États-Unis pour que l’expression guerre mondiale soit définitivement admise.

PC 14_10_1914 diplomatie 1Deux mois et demi après le début du conflit, un bilan diplomatique est tenté à la une de cette édition du 14/10/1914. En fait, il est très partiel et ne concerne que quelques États susceptibles d’entrer en guerre d’un côté ou de l’autre.

Après avoir moqué le soudard mystique, c’est à dire l’empereur Guillaume II d’Allemagne, la position américaine sur cette guerre est évoquée avec habileté. Le président des Etats-Unis, Woodrow Wilson, sans prendre parti clairement, aurait fait connaître son penchant pour l’Entente, en tous cas il n’aurait pas absout l’Allemagne de ses responsabilités dans le déclenchement de la guerre. Mais, à cette date, il n’est absolument pas question pour l’Amérique de se mêler des affaires européennes. La doctrine Monroe est encore respectée et l’importance de la population américaine d’origine allemande ou d’origine britannique ne peut conduire à un choix qu’en créant un problème intérieur..

Deux mois et demi après, le Petit Comtois estime que la situation diplomatique a peu changé. Il est vrai qu’il n y a pas encore eu de nouvelles entrées en guerre à cette date. Mais cela ne saurait tarder.

Le journal s’attarde sur 4 États : la Roumanie, l’Albanie, l’Empire ottoman et l’Italie. Pour chacun, le rédacteur tente d’expliquer par quel camp il est attiré.

PC 14_10_1914 diplomatie 2En Roumanie, Ferdinand 1er vient de succéder à Carol 1er issu de la dynastie allemande des Hohenzollern-Sigmaringen. Carol avait choisi la neutralité alors que tout le rapprochait de l’Allemagne. Ferdinand conservera cette neutralité encore deux ans avant d’entrer en guerre du côté de l’Entente. Le quotidien a raison de signaler l’intérêt pour la Roumanie de combattre l’Autriche-Hongrie afin d’asseoir sa souveraineté sur la Transylvanie au profit des Roumains de cette région. Mais c’est nier la présence hongroise en cette province et s’annonce déjà un problème de minorité nationale qui perdure aujourd’hui quand la Hongrie de Viktor Orban donne à cette minorité des passeports hongrois et un droit de vote en Hongrie.

PC 14_10_1914 diplomatie 3L’Albanie a obtenu son indépendance en 1913 et depuis le début de l’année 1914,  un prince allemand, Guillaume de Wied, la dirige jusqu’à ce qu’une révolte l’oblige à fuir le 3 septembre. C’est Essad pacha qui obtient alors le pouvoir avec l’appui de l’Italie et de l’Entente pour éviter que l’Albanie ne tombe aux mains des Turcs. Le Petit Comtois parle à tort d’une suzeraineté turque. Mais, durant toute la guerre, l’Albanie sera un champ de batailles et d’influences entre Autrichiens, Monténégrins, Serbes et Italiens. La France appuiera Essad Pacha un  temps réfugié sur son territoire.

PC 14_10_1914 diplomatie 4Pour l’Empire ottoman, il est déjà établi que le ministre de la guerre, Enver Pacha, a choisi le camp des puissances centrales. Formé en Allemagne et en particulier dans la garde prussienne, il s’installe au pouvoir dès 1913 après un coup d’État. Le Petit Comtois nous apprend qu’Enver lorgne sur l’Égypte dans l’intention de gêner le contrôle anglais sur le canal de Suez.

L’entrée en guerre de la Turquie sera officielle le 1er novembre. Le Moyen-Orient entrera alors dans une période de bouleversements aux effets durables jusqu’à nos jours.

PC 14_10_1914 diplomatie 5Le dernier État, dont il est question dans cette tribune, est l’Italie. Des Italiens penchent pour l’Entente malgré l’antériorité de la Triple Alliance qui a rapproché la péninsule de ses alliés allemands et autrichiens. Mais il ne s’agit pas de tout le peuple comme le prétend le Petit Comtois.

Le maintien de la neutralité voulue par les dirigeants tiendra jusqu’au 23 mai 1915. En attendant se poursuit à Rome le ballet des diplomates pour entraîner l’Italie dans l’un des deux camps. Et les arguments du rédacteur en faveur d’une Italie du côté de la France appuient encore sur la barbarie des Germaniques en parlant d’une promesse autrichienne de bombarder Venise. Mais ce ne sont pas les menaces autrichiennes qui lieront l’Italie à l’Entente, mais les promesses d’avantages territoriaux faits par celle-ci. 

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s