Un article d’Ernest Lavisse dans le second numéro du Bulletin des Armées.

Le Petit Comtois du 18 août 1914

Dès la deuxième semaine de guerre, le ministère édita un Bulletin des Armées à destination exclusive de celles-ci.  L’objectif était d’informer sur l’arrière comme sur le conflit. Évidemment, la censure y régnait, mais la propagande n’y était pas trop mièvre ou grossière. Le premier numéro est daté du 15 août. Gallica nous y donne accès.12_18_08_1914 Lavisse BA

12_18_08_1914 Lavisse 1Le numéro 2, daté du 16 août, inclut un article d’Ernest Lavisse que le Petit Comtois reproduit intégralement dans son édition du 18 août. Lavisse incarnait bien cette troisième République même s’il avait commencé sa carrière sous le second Empire, proche de Victor Duruy alors ministre de l’instruction Publique.

Il commence son article avec une explication pleine de pédagogie sur l’Union sacrée, sans la nommer. Énumérant  les principales tendances politiques, les représentants des différentes religions et les libres-penseurs, il veut rassurer les militaires du front sur la cohésion du monde politique et de tout le pays, montrer que tous les appuient d’un même élan et d’un même cœur, que chacun est derrière eux, sans calcul ni arrière-pensée. La simplicité du propos rappelle qui était Lavisse, un enseignant, un vulgarisateur de l’Histoire, mais aussi un propagandiste du patriotisme.

12_18_08_1914 Lavisse 2En historien, il remarque que cette guerre rassemble tous les Français. Sans le dire, il pense certainement aux guerres de la première République et de l’Empire napoléonien qui virent nombre d’aristocrates ou de catholiques (Vendéens, chouans bretons, gens du Haut-Doubs…) refuser d’y participer. La France n’était pas unie en ces temps révolutionnaires. Lui viennent aussi à l’esprit les conditions du service militaire auquel, longtemps, les plus riches pouvaient échapper. Il fallut la loi Berteaux de 1905 pour que le tirage au sort des conscrits bons pour le service militaire soit supprimé.

12_18_08_1914 Lavisse cours élémentaireCeux qui lisent alors Lavisse dans ce Bulletin, peuvent se souvenir que leur livre d’histoire de l’école élémentaire avait été écrit par le même auteur. Ce « Petit Lavisse » était édité depuis 1884, mais la version définitive, réécrite, date de 1913 (ci-contre, extrait de Gallica) et beaucoup de soldats de 1914 ont pu en recevoir l’enseignement en tant qu’écoliers.

Ayant fait des recherches historiques en Allemagne de 1872 à 1875, sa connaissance de l’ennemi, et surtout de la Prusse, lui autorise un avis à la fois mesuré et implacable. N’ignorant rien de la civilisation et des institutions allemandes, 12_18_08_1914 Lavisse 3il explique par un orgueil démesuré les ambitions du régime impérial. Il parle du colosse d’Allemagne, sachant la puissance de ce pays et la détermination du peuple et des dirigeants. Il ne sous-estime pas les capacités de l’ennemi, mais lui prête des pratiques militaires sauvages.

Pour autant, après avoir rendu hommage aux Belges qui à ce moment là résistent encore, il ne dissimule pas la rudesse de la lutte qui s’annonce : des heures seront pénibles, inquiétantes même.

12_18_08_1914 Lavisse 4Il termine par un appel nationaliste galvanisant. Et il donne comme but  de retrouver les frontières du Rhin, réintégrant ainsi l’Alsace-Lorraine à la patrie.

Il développera, en, 1916, son appréciation des méthodes militaires allemandes dans une brochure de 52 pages intitulée : Pratique et doctrine allemandes de la guerre. On y trouvera une analyse sur les pillages, les otages, le sort des non-combattants, les réquisitions, la destruction de monuments par l’armée allemande qui le poussera à conclure, comme dans cet article, que pour l’Allemagne la guerre est une nécessité et qu’elle veut gouverner le monde.

12_18_08_1914 Lavisse 5La conclusion de ces quelques lignes par Lavisse est simple et sans excès d’agressivité. « Il faut ôter aux Allemands la possibilité d’embêter le monde ». Dans son ouvrage de 1916 sur la doctrine allemande de la guerre il terminera en écrivant qu’ « aucune nation très grande ou très petite n’est assurée de vivre honorablement dans la paix tant que le militarisme d’Allemagne ne sera pas détruit radicalement ».

Dans ce bulletin, alors que l’affrontement franco-allemand commence à peine, Lavisse fait preuve de nationalisme et de patriotisme, mais aussi de réalisme. Son opinion est guidée par sa connaissance de l’Histoire de France, mais aussi par celle de la Prusse et de ses souverains.

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