Une carte humoristique de 1914. Alerte ! Les chiens aboient.

Aujourd’hui, aucune référence au Petit Comtois.

Connue pour avoir souvent servi d’illustration dans des manuels scolaires d’histoire, cette carte peut servir de présentation rapide des protagonistes du futur conflit en Europe. On ne dispose pas d’une date précise, mais le mois de juillet 1914, après Sarajevo et avant que n’éclate la guerre, semble convenirLes États, parfois imagés par des chiens, sont positionnés selon leur politique étrangère : en rivalité, en opposition flagrante, en attente ou indécis, en spectateurs ou en victimes.carte Alerte les chiens

Si l’on ne lit pas ce document d’un œil averti, c’est vers les trois chiens anglais, français et allemand que notre regard se porte car le dessinateur a placé là la plus forte tension canine. Ces trois États sont ceux qui ont le plus de poids dans le jeu diplomatique d’alors, leur influence dépend aussi de leur puissance économique et de leur place dans le monde, primordiale pour la France et l’Angleterre en raison de leur politique passée et de leur vaste empire colonial, importante pour l’Allemagne qui développe une Weltpolitik. Également, le rouleau compresseur russe est vite remarqué en raison de sa taille et de l’ours qui le côtoie.

http://hg.ac-besancon.fr/2015/09/24/143/ ← À cette adresse, vous trouverez un fichier Power Point animé décortiquant cette carte.

Mais le point de départ du conflit est expliqué par ce qui se passe en Europe centrale et balkanique. Même si l’on ignore ce qu’ont été les guerres balkaniques depuis la deuxième moitié du XIXe siècle et les ambitions russes et autrichiennes sur ces terres d’Europe du SE, on remarque le déclencheur de la guerre avec la piqûre serbe sur la patte avant gauche du chien austro-hongrois. En hurlant de douleur et en se débattant, il tire sur la laisse qui l’attache au teckel allemand et sa douleur est d’autant plus forte que sa queue est alors écrasée par le rouleau compresseur russe que conduit le tsar Nicolas II. Toute la crise qui suit l’attentat de Sarajevo (juin-juillet) est résumée par cette scène. Après s’être assuré de l’alliance allemande, l’Autriche-Hongrie attaquera la Serbie sans ignorer une possible intervention de la Russie avec ses terribles troupes cosaques et un nombre considérable de divisions. La promesse du soutien allemand donne des garanties à l’intervention autrichienne. La Russie intervient en toute connaissance de cause, mais aussi avec la certitude de l’appui français.

Les 1ers mois de la guerre voient l’Allemagne  attaquer en priorité la France, par la Belgique,  en espérant  vaincre avant de se retourner contre la Russie. Mais l’appui anglais vient rapidement et, s’il n’est pas déterminant pour les forces terrestres, il compte nettement pour les forces navales permettant d’emblée le blocus des puissances centrales comme le montre le déploiement de la Royal Navy.

De part et d’autre de ces fronts à venir, les États sont dans une attente inquiète. Les pays scandinaves, en bons chiens observateurs, regardent, abasourdis par la violence des uns et des autres. Les pays méditerranéens sont sur leur garde comme l’Italie qui a dégainé, mais qui ne souhaite pas s’engager malgré son appartenance à la Triple Alliance avec Allemagne et Autriche-Hongrie. La Grèce et la Bulgarie, méfiantes, sont tournées vers l’ennemi turc qui se contente alors de garder les détroits du Bosphore.

Le dessinateur anglais dispose d’une bonne information, mais ne prend pas fermement parti sinon par une critique générale de la guerre (« les chiens aboient »). Bien sûr, le fusiller-marin et le chien britanniques sont valorisés, l’empereur Guillaume II est moqué en raison des courtes pattes du basset. La France, en caniche toiletté, mais révolutionnaire, n’est pas dépréciée car l’Entente cordiale a effacé les principaux différents avec la Grande-Bretagne. L’Autriche-Hongrie apparaît plus comme une victime qu’une va-t-en-guerre, alors qu’elle porte aussi une responsabilité dans l’origine du conflit. Les forces en présence semblent nettement en faveur de la Triple Entente. La responsabilité du conflit qui commence n’est pas attribuée clairement, contrairement à ce que décideront les vainqueurs en 1919 au traité de Versailles en chargeant l’Allemagne.

Ici, l’auteur a dessiné tous les protagonistes avec une part de responsabilité. 

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