Ah, les programmes de l’École, cet éternel débat…

… C’est en 1914, que la critique suivante est développée.

Le Petit Comtois du 29 juin 1914.

PC 29_06_1914 écoleAprès un plaidoyer sincère pour la grande œuvre scolaire de la IIIe République, avec l’enseignement primaire laïque, gratuit et obligatoire, l’auteur, qui écrit sous le pseudonyme de Jean Valjean, honore Jules Ferry et Paul Bert. (Ferdinand Buisson aurait mérité aussi une annotation.)

Il parle d’une véritable révolution, la principale depuis 1789, mais la plus pacifique.

PC 29_06_1914 école 2Néanmoins, malgré sa force émancipatrice, l’École n’aurait pas donné tous les résultats qu’elle avait fait espérer. Et pour le rédacteur, la faute en incombe d’abord à ceux qui sont chargés de l’enseignement, non pas par incompétence, mais par excès d’ambition.

Ensuite, il met en cause les programmes conduisant aux brevets élémentaire et supérieur. PC 29_06_1914 école 3Ce brevet était l’examen final de l’enseignement primaire supérieur, réservé aux meilleurs élèves au-delà de l’enseignement obligatoire. Mais ce sont les instituteurs qui en assuraient les cours et ceux-ci étaient d’un bon niveau en sciences physiques, sciences naturelles, histoire et géographie, dessin linéaire et arpentage… Aussi, selon jean Valjean, ces enseignants, très imprégnés du niveau du primaire supérieur, avaient-il tendance à donner des leçons trop difficiles aux élèves de l’école obligatoire.

PC 29_06_1914 école 4Et surtout, ils auraient manqué de pédagogie, encore une fois non pas de leur volonté, mais parce qu’elle aurait tenu peu de place dans la formation des écoles normales d’instituteurs.

De là, les cours stériles, les élèves qui décrochent…

Et Valjean ajoute : appelés à vivre aux champs ou à l’atelier, ils n’ont besoin que de connaître les choses élémentaires ayant trait à la profession qui les guette au sortir de l’école.

PC 29_06_1914 école 5C’est alors que l’on comprend où il veut en venir. Valjean fait preuve d’un conservatisme désespérant. Passe encore qu’il veuille limiter l’enseignement de l’Histoire à la période contemporaine, mais réduire la totalité de l’enseignement à sa plus simple expression, aux choses élémentaires, c’est oublier les ambitions des fondateurs et non pas être en disproportion avec le but que le législateur a voulu atteindre. L’École qu’il souhaite devrait se contenter de reproduire les inégalités sociales, de ne pas donner de choix professionnel.

Or, si l’on écoute Ferdinand Buisson dans un discours tenu au congrès radical de 1903, alors qu’il oppose la formation d’un républicain à celle d’un catholique, on comprend que la loi avait d’autres ambitions. Parce que, dit-il : pour faire un républicain, il faut prendre l’être humain si petit et si humble qu’il soit […]le plus inculte, le travailleur le plus accablé par l’excès du travail et lui donner l’idée qu’il faut penser par lui-même, qu’il ne doit ni foi ni obéissance à personne, que c’est à lui de chercher la vérité et non pas à la recevoir, toute faite, d’un maître, d’un directeur, d’un chef, quel qu’il soit, temporel ou spirituel.

PC 29_06_1914 école 6Alors si l’on en croit Buisson, ce fondateur de l’école laïque, il faudra bien plus qu’un enseignement réduit à sa plus simple expression pour en faire un être libre. Et les avis de Valjean sur l’enseignement formant des êtres vains, infatués d’eux-mêmes paraissent plutôt ceux d’un individu qui craint la mobilité sociale, la revendication du mieux-être et qui, lui-même n’a jamais dû toucher une charrue ou un marteau. Dans l’édition du 10 juillet, le même auteur écrira : « qu’on fasse des jeunes filles de bonnes petites ménagères qui deviendront plus tard l’âme de la ferme, la gardienne du foyer du paysan, sa vaillante compagne […] et que les institutrices laïques contribuent à enrayer le mouvement inquiétant qui pousse le campagnard vers la ville ».

Ainsi, l’École de la IIIe République, à laquelle on tresse encore aujourd’hui des lauriers, décevait. Mais cette déception concernait ceux qui ne voulaient pas d’ambition pour l’École et qui lui demandaient volontiers de se contenter de reproduire les inégalités sociales.

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