Bergson à l’Index, une bonne occasion d’anticléricalisme pour le Petit Comtois.

Le Petit Comtois du 14 juin 1914

L’anticléricalisme du rédacteur du Petit Comtois, Jean Turquis, n’est plus à présenter. Comme son journal et comme le parti radical, il fait preuve d’une vigilance de tout instant à l’égard des mesures de l’Église catholique qui touchent à la laïcité, mais aussi à la libre pensée.

PC 14_06_1914 Index Bergson 1Ce 14 juin, il lui est aisé de s’en prendre à l’Index, cette institution romaine de la papauté qui était née au XVIe siècle avec la lutte contre le protestantisme et qui interdisait des ouvrages jugés contraires au dogme. Depuis 1908, le pape Pie X avait confié à la Sacrée Congrégation de l’Index, de veiller au respect des mœurs et de la doctrine catholique.

PC 14_06_1914 Index Bergson 2Or, en 1914, furent mis à l’Index trois ouvrages d’Henri Bergson.  La revue Cairn permet de préciser lesquels : ce sont les premières œuvres de Bergson : Essai sur les données immédiates de la conscience, (paru en 1889);Matière et mémoire (1896); L’Évolution créatrice (1907). Cette dernière œuvre est un essai pour expliquer la genèse du monde, le mystère de l’univers, l’homme en particulier, sans recourir à un Dieu puissant et sage, créateur, organisateur et gouverneur des choses.

Or, Bergson avait alors un succès mondain avec ses conférences au Collège de France  et une véritable influence littéraire sur des gens comme Proust ou Péguy. Sa notoriété donnait à cette mise à l’Index d’autant plus de retentissement. Et pourtant, Bergson s’était exprimé contre le scientisme et le positivisme et en cela rejoignait la position de l’Eglise. Turquis le présente même comme un philosophe chrétien ; il faut cependant préciser que, s’il fut très proche du christianisme, il resta solidaire du peuple juif, lui qui était israélite, et ne se fit jamais baptiser. Tout de même, quelle aubaine pour un anticlérical comme Turquis de souligner la contradiction de l’Index qui desservit un homme dont l’œuvre favorisait le catholicisme.

Le chroniqueur cite Maeterlinck ; en effet, tous ses livres (Opera omnia) furent mis à l’Index en janvier 1914. Mais c’est à la suite de la publication de son livre « La Mort » que l’œuvre de Maeterlinck fut sanctionnée. Cette réflexion sur la mort laisse entrevoir toutes les possibilités pour l’au-delà, ce qui ne pouvait pas convenir à l’Église catholique pour qui l’âme rejoint Dieu et le corps attend la résurrection.

PC 14_06_1914 Index Bergson 3Turquis conclut en pensant certainement à la réaction de Maeterlinck qui venait d’apprendre sa mise à l’Index : « Quelle importance ? Rome est tout de même loin. » Et, pour lui, Bergson ne devait pas réagir autrement.

Alors que l’Église a accepté la République, la lutte entre cléricaux et anticléricaux persiste. Cette chronique en témoigne une fois de plus.

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