On débattait encore furieusement de nouvelles lignes de chemin de fer dans nos campagnes…

… au point de bloquer les délibérations du Conseil Général.

Le Petit Comtois du 21 mai 1914

PC 21_05_1914 ch de fer 1Alors que le réseau était déjà d’une densité élevée depuis le plan Freycinet (commencé en 1878 et poursuivi jusqu’en 1914), on continuait à voter des subsides pour construire des chemins de fer à voie étroite.  Ainsi lors de la séance du Conseil Général du 19 mai 1914 pour une ligne qui aurait relié saint-Hippolyte à Besançon en passant par Valdahon.

Il est vrai, comme le montre la carte, que les plateaux de la moyenne montagne du Doubs n’étaient pas aussi bien desservis que d’autres territoires franc-comtois. Mais à un moment où l’automobile et les autocars en particulier commençaient à rendre des services publics, cette vogue des élus pour les chemins de fer était suspecte ; ou ils ne voyaient pas l’avantage apporté par les autocars, et alors ils étaient incompétents, ou il y avait des raisons électorales de clientélisme derrière ces projets ferroviaires.PC 21_05_1914 carte

Dans tous les cas, le débat fut vif et inhabituel entre la majorité de droite emmenée par le Président du Conseil Général René de Moustier et son fils Leonel, lui-même conseiller général, face à l’opposition de gauche radicale conduite par Marc Réville et appuyée par les élus du pays de Montbéliard-St-Hippolyte. L’arbitrage du préfet n’y fit rien.

Le projet était ancien et les communes concernées par le tracé avaient voté des subventions, mais inférieures à ce qu’espérait le Conseil Général. C’est pourquoi, plutôt que d’abandonner le projet, un tracé dit de la Boucle de Valdahon, passant par Bouclans, Sancey, Belleherbe, Pierrefontaine, Vercel et Valdahon fut proposé. C’est cette nouvelle version que René de Moustier voulut  faire adopter par le Conseil sans consultation des communes. Or, le tracé allait coûter plus cher au département du Doubs, et les gens « du bas » n’étaient pas prêts  à payer plus sans que les communes concernées augmentent leur participation.PC 21_05_1914 ch de fer 2 De plus, cette boucle de Valdahon ne créait pas une liaison directe entre St Hippolyte et Besançon, ce que les élus du pays de Montbéliard, comme M. Réville et Jules Peugeot ne pouvaient admettre. Ils s’opposèrent donc et quittèrent la salle quand le Président René de Moustier voulut passer en force. Or, il n’avait plus le quorum nécessaire, ce que le préfet lui rappela avant de quitter lui-même la salle devant la volonté de passage en force de René de Moustier.PC 21_05_1914 ch de fer 3

Et le Petit Comtois de conclure en se mettant à la place des deux seuls spectateurs de ce Conseil : « ces deux personnes comprennent à l’air penaud des conseillers de la majorité qu’une combinaison qui leur était chère vient d’échouer grâce à l’esprit de discipline et d’entente de la minorité républicaine ».

Ne voulant pas s’avouer vaincu, M. de Moustier convoqua par télégramme une nouvelle séance pour le surlendemain.
On a pu dire de la classe politique de cette époque qu’elle avait voulu une ligne de chemin de fer pour desservir chaque chef-lieu de canton. On n’en est pas loin dans cette affaire-là et la volonté de satisfaire des électeurs paraît évidente. Pratiquement tous ces petits tortillards et autres tacots ont aujourd’hui disparus.

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